jS'*9/#* ANNUAIRE DE L'INSTITIJT DES PROVINCES BES CQNGBES SCIE3TIFIQUES, 1851. ^DEIINSTITIIT^) PARIS , DERACHE , RUE DU BOULOT , 7 ; DDMOULIN , QUAI DES AUGUSTINS ; CAEN , A. HARDEL , RUE FROIDE , 2 ; ROUEN, LEBRUMENT , QUAI DE PARIS. NANCY , M me . GONNET. mmmjk ; . 'tlTOWJ . 9! 51 A 3 COMPOSITION DU BUREAU et da Cease LI d'adaftlaistration. Directeur general: M. de Caumont 0$fa, fondateur des Congres scientifiques de France. Secrdtaire : M. Eudes-Deslongchamps $, professeur a la Faculty des Sciences de Caen. Tresorier : M. Gaugain ^., inspecteur de r Association normande. Administra- teurs. ( MM. J. Girardin , correspondent de Tlnstitut de France , a Rouen. Le V te . de Gussy O $, membre de plusieurs academies a S!.-Mande, pres Paris, et a Vouilly (Calvados). Le Sauvage $j<, ancien chirurgien en chef des hospices de Caen. Le Grand 3fc, D.-M. , ancien maire de St.- Pierre-sur-Dive. P.- A. Lair ^ , doyen dU Conseil de prefecture du Calvados. Lambert, conservateur de la bibliotheque pu- blique de Bayeux. B on . de La FtENAYE 3fc , membre de plusieurs academies, a Falaise. Moriere , secretaire-general de 1' Association normande, a Caen. Dudezert, membre de plusieurs academies, Ibid. LISTE LISTE DES MEMBRES DE L'lflSTITUT DES PROVINCES. MM. Le prince Louis-Napoleon, G :>J$o^<> President de la Repu- blique franchise. Etoc-Demazy, ancien secr6taire-gene>al de Tlnstitut, au Mans. Lottin (l'abb6) , ancien tresorier de l'lnstitut , id. Bolvet (Pabb^), ancien membre du conseil, id. DeMarseijl, chef destitution, a Laval. Le Gall , conseiller a la Cour d'appel, directeur de la divi- sion de la Brelagne , a Rennes. Auber, chanoine titulaire de Poitiers, directeur de la division du Poitou, a Poitiers. Bouillet ^< , membre de plusieurs Socie"te"s savantes, directeur de la division de l'Auvergne et du Velay, a Clermont- Ferrand. Lecoq , secretaire perpetuel de TAcademie, a Clermont- Ferrand. Leon de La Sicotiere, avocal, a Alencon. Taillard ^, conseiller a la Cour d'appel de Douai. Ollivier 3, membre de la Societe d'Agriculture et du Conseil general de la M anche , a Avranches. Guerrier de Dumast ^, membre de l'Academie, a Nancy. Marquis de La Porte, membre de plusieurs academies, a Vendome. Rigollot $, president de l'Academie, a Amiens. De Givenchy, secretaire-general de la III e . session du Congres, a St.-Omer. DES MEMBRES DE L INSTITUT DES PROVINCES. VII MM. Bonnet &, professeur d'agriculture , a Besancon. Buvignieb ^fc, membre de plusieurs academies, a Verdun. Commarmond 3, bibliolhecaire du Palais des Arts, a Lyon. D'Hombres-Firmas efc , a Alais (Gard), correspondant de FAcademie des sciences. Jules Renouvier, president de la Society des Arts, a Mont- pell ier. Soyer-Willemet *jf , tresorier-archmste de TAcad^mie , a Nancy. ' Croizet $, cure" de Neschers, pres Issoire. Marcel de Serrks $, professeur a la Faculty des Sciences, a Montpellier. Weiss $S bibliothecaire , a Besancon. Gerault, cure d'Evron, a Evron (Mayenne). Millet, naturaliste, president de la Soci6te d' Agriculture, a Angers. Puvis $:, president de la Socie-t6 d'Agriculture, a Bourg. Greppu (Pabbe), vicaire-gene>al de Bellay, correspondant de FAcademie des Inscriptions. Gregory 3, president de chambre, a la Cour d'appel de Lyon. Bonnet, D.-M., ^:, chirurgieii en chef de THolel-Dieu , a Lyon. Boullee , membre de TAcademie de Lyon. Vericel ^ , ancien medecin en chef des hospices de Lyon. Monin , professeur d'histoire a la Faculte des lettres de Be- sancon. Fournet ^, professeur de geologie a la Faculte des sciences de Lyon. Seringe , professeur de botanique a la meme Faculte. Victor Simon e$, ancien secretaire-general du Congres , a Metz. Mougeot ^ , naturaliste, a Bruyeres (Vosges). Hepp ^< , professeur a la Faculty de droit , a Strasbourg. Couturat :$< . , ingenieur en chef du cours du Rhin , a Strasbourg, VIII LISTE MM. Monseigneur Donnet $i, archeveque de Bordeaux. Des Moulins, inspecteur divisionnaire des monuments, di- recteur de la division du Sud-Ouest, a Bordeaux. Mcnseigneur Gousset , O ^< , cardinal-archeveque de Reims. Barreau (Tabbe), historiographe et chanoine de Beauvais. Feret, conservateur de la bibliotheque, a Dieppe. Jules Rieffel $fc. , fondateur de Tlnstitut agricole de Grand- jouan. Cousseau (Tabbe), eveque d'Angouleme. Foucart >k, doyen de r^colede droit, a Poitiers. De Blosseville ?fe , ancien conseiller de prefecture , a Amfr6- ville (Eure). De la Farelle &, reprsentant du Gard , a Nimes. Desroches (Tabbe), cure" d'Isigny (Manche). De Cayrol ^, ancien depute", a Compiegne. Biseul, a Blain (Loire-Inferieure). Drouet, inspecteur-divisionnaire de la Soci&e franchise , au Mans. Comte de Quatre-Barees, a Angers. Marquis de Vieraye, geologue, a Cheverny, pres Blois. Artur Martin (le R. P. ) , auteur des vitraux de Bourges, a Paris. Cahier (id.) , membre de plusieurs academies, a Paris. Duchatellier, secretaire-general de TAssociation bretonne, a Quimper. De La Balme -e^, conseiller a la Cour d'appel de Nimes. Comte De Montalemeert ^, ancien pair de France, inspecteur divisionnaire de la Society francaise pour la conservation des monuments, a Paris et a Vesoul (Haute-Saone). Comte de Merode, C *fc, ministre d'Etat de Belgique, ins- pecteur divisionnaire de la Society francaise, au chateau de Trelon, pres d'Avesnes (Nord). Rkidrt, conservateur de* archives de la Vienne, h Poitiers. DES MEMBRES DE L'iNSTITUT DES PROVINCES. IX MM. Godard , graveur , membre de plusieurs academies, a Alencon (Orne). V, Hucher, membre de plusieurs Societes savantes, au Mans (Sarthe). Comte de Tocqueville O ^. , ancien ministre, repr&entant, membre de l'Academie francaise , a Tocqueville (Manche). Moll $ , professeur d'agriculture au conservatoire , proprte- taire, a Chatellerault. Teissier, membre de plusieurs academies, a Andus (Gard). Emilien Dumas, geologue , membre de plusieurs Societes savantes , a Sommieres (Gard). Requien, directeur des musses, a Avignon (Vaucluse). Le Comte A. de Gourgues, membre de plusieurs Societes savantes, a Lanquais (Dordogne). Walz ^ , directeur de TObsen atoire , a Marseille. Branche, inspecteur des monuments historiques, a Paulhaguet (Haute-Loire). Goguel :$:, membre de plusieurs academies, a Strasbourg (Bas-Rhin). L'abbS Voisin, membre de plusieurs academies, au Mans (Sarthe). Le Glay ^, conservateur des archives, correspondant de l'Academie des inscriptions, a Lille (Nord). Kuhlman >g< , professeur de chimie , membre du Conseil ge- neral du Commerce , a Lille (Nord). Hermand, membre de plusieurs academies, de la Societe* des Antiquaires, etc., a St. -Omer (Pas-de-Calais). Jourdain, chanoine de la cathe"drale, a Amiens. Duval, membre de la Societe francaise pour la conservation des monuments , a Amiens. E. Woillez, membre de plusieurs academies, a Amiens. B on . d'Haussez O $fc , membre de plusieurs Societes savantes, a St.-Saens (Seine-Inferieure). C te . de Blois >^, membre de plusieurs Societes savantes, a Morlaix (C6tes-du-Nord). X LISTB MM. B on . du Taya >$<, president de la Societe d'agriculture des C6tes-du-Nord , a St.-Brieux. Desnoyers, vicai re-general d'Orieans, inspecteur des monu- ments du Loiret. E. Dolfus $$ , president de la Societe industrielle de Mulhouse. L'abbe Bantieyille, membre de plusieurs academies, a Reims. Digot, membre de -plusieurs academies, inspecteur des monu- ments, a Nancy. Le comte du Coetlosquet ^, representant, membre de TAca- demie de Metz. Maluerbe, juge, president; de la Societe d'histoire naturelle de Metz. Le comte de Chastellux C ^<, membre de plusieurs acade- mies , a Paris. Barillon, representant de TOise, a Compiegne. Ballin ^<, archiviste de l'Academie des sciences, arts et belles- lettres de Rouen. Dubreuil, professeur d'agriculture, 5 Rouen. Desjoberts, membre du Conseil general de Tagriculture, de- pute de Neufchatel. Bally O yjfc, ancien president de l'Academie demedecine, a Paris. Berthelot :$:, secretaire-general de la Society de geo- graphic Vilmorin >$<, correspondant de Tlnstilut, 5 Paris. Touret ^, membre du Conseil-general de Tagriculture , an- cien ministre, a Cosne. Bella O ^<, directeur de l'lnstitut agronomique de Grignon. Petit, proviseur du lycee de Rennes. Le comte de Tristan % , membre de plusieurs academies , a Orleans. Lockhart :$:, directeur du musee d'histoire naturelle, & Or- leans. DES MEMBRES DE L INSTITUT DBS PROVINCES. XI MM. Bayle-Mouillard ^., membre de l'Academie de Clermont', secretaire-general du ministere de la justice. Beaudet La Farge >^<, representant, ancien sous-prefet, membre de l'Academie de Clermont. Bertrand, docteur en medecine, membre de TAcademie de Clermont. Petit-Lafitte, membre de l'Academie de Bordeaux, profes- seur d' agriculture. L'abbe Blatairou, chanoine, professeur a la faculte de theo- logie de Bordeaux. P. M. Roux 3, membre de l'Academie, secretaire-general du Congres scientifique de France , a Marseille. Barthelemy, conservateur du musee d'histoire naturelle, se- cretaire de l'Academie de Marseille. Dikuse >^< , president de la Societe de statistique de Marseille. Berthulus ^ , medecin du Lazaret de Marseille , membre de plusieurs academies. Coquand, ingenieur des Mines , vice-president de l'Academie d'Aix. Castel , secretaire de la Societe d'agriculture de Bayeux. L'abbe Devoucoux, secretaire perpetuel de la Societe acade- mique et vicaire-general d'Autun. Niepce, president de la Societe d'histoire et d'archeologie de Chalons-sur-Saone. Le baron de Contencin O >^c , directeur de Tadministration des cultes , a Paris. Le Roy de Bethunb, membre du Conseil general de Tagri- culture , a Douai. Renault, inspecteur divisionnaire de 1' Association normande, juge d'instruction , a Coutances. C l? . Olivier de Sesmaisons , representant, directeur de V Asso- ciation bretonne, Nantes. C artier, directeur de la Revue numismatique, a Amboise. Lambron deLignim, capitaine de cavalerie, secretaire-general de la XV V session du Congres scientifique, a Tours. XII LISTE MM, Champoiseau 4fc secretaire-g6ne>al de la meme session , h Tours. De Sourdeval &, id. , juge destruction, a Tours. G. de Foistenay, membre de plusieurs academies, a Autun. Mg r . Parisis^c, 6veque de Langres, reprsentant du Mor- bihan. De Glanville, inspecteur des monuments de la Seine-Infe- rieure , a Rouen. L'abbe Le Petit , cbanoine bonoraire de Bayeux , secretaire- gn6ral de la Society francaise pour la conservation des monuments, a Tilly ( Calvados). E. Patt , inspecteur des monuments de Seine-et-Marne. L'abbe" Godard-St.-Jean, professeur de theologie, a Langres. E. de Blois , representant du Finistere, president de la classe d'bistoire de r Association bretonne. L'abbe La Curie, chanoine-honoraire de la Rochelle , inspec- teur divisionnaire des monuments historiques , a Saintes. Matheron, ing6nieur, membre de plusieurs 8001616" s savantes, a Marseille. De Haldat 3, membre de l'Academie , secr6taire-gen6ral de la XVII . session du Congres scientifique de France, a Nancy , secretaire perpetuel de l'Academie , correspondant de l'Academie des sciences, etc. De Bois Le Comte, membre de plusieurs academies, a Tours. De La Terrade, directeur de la Societe linnenne, a Bor- deaux. De Buzonisiere, secretaire-general du [Congres scientifique de France (XVIIP. session }, membre de plusieurs academies, a Orleans. La Crosse C 3fc, ancien minislre des travaux publics, a Brest (Finistere). Thierry , doyen honoraire de la Faculty des sciences, a Caen. De St.-Germain, inspecteur des monuments historiques, a Evreux. DES MEMBRES DE L/INSTITUT DES PROVINCES. XIII MM. Dufaur de Montfort %< , president de la Societe de statistique des Bouches-du-Rhone , a Marseille. General Raymond C >g<, ancien depute, inembre de plusieurs academies, a Domfront (Orne). Godelle, merabre de plusieurs academies, repr^sentant de la Somme. Moriere, secretaire-general de V Association normande, direc- teur des cours spetiaux du lycee, a Caen. Lefebvre du Ruffle >g<, inspecteur-divisionnaire de V Asso- ciation normande, repr&enlant de l'Eure, a Pont-Authou. Le Normand, ancien sous-prefet, membre de plusieurs aca- demies, a Vire. V te . de Falloux >$<, ancien ministre de Tinstruction publique, representant de Maine-et-Loire. De Kerdrel, representant d'llle-et- Vilaine , ancien eleve de l'Ecole des chartes. Alph. Le Flaguais , membre des academies de Caen et de Rouen, a Caen. L'abbe" Crosnier, vicaire-general de Nevers, inspecteur des monuments de la Nievre, a Nevers. Herpin de Metz , docteur en medecine, membre de plusieurs academie , a (Indre). Mg r . Dcpont C ^, cardinal-archeveque de Bourges , a Bourges. Aossant , membre de plusieurs academies , professeur en me- decine , a Rennes. Tarot ^, president de chambre a la Cour d'appel de Rennes, secretaire-general de la XVI e . session du Congres. C te . Louis de Kergorlay , ancien directeur de la Revue pro- vinciale, secretaire-general de 1' Association bretonne, a Foisseux (Seine-et-Oise). A. Tasle >^< , conseiller a la Cour d'appel de Rennes. Barre, sculpteur, laureat de l'exposition regionale de l'Quest, a Rennes. MM. B on . de Girardot, secretaire-general de la prefecture, raembre deplusieurs academies, a Bourges (Cher). Gueranger, president de la Society academique de la Sarthe , au Mans. Succ , sculpteur, laureat de llnstitut (exposition regionale de l'Ouest), a Nantes. L. De La Motte, membre de TAcademie, inspecteur des eta- blissements de bienfaisance, a Bordeaux. Delalojnde Duthil fils, membre de plusieurs academies, a Rouen. De Bengy de Puivallee &, president de la Societe d'agricul- ture du Cher , a Bourges. Marechal, ingenieur des ponls-et-chaussees, a Bourges. Machard ^fc, ingenieur en chef, id, Bertrand ^fc, maire de Caen, doyen de la Faculte des * lettres , a Caen. Vallat, recteur de TAcademie du Lot, membre de PAcademie, a Bordeaux. Boucher de Perthes ^c, president de la Societe d'emulation a Abbeville. Raynal $, procureur-general pres la Cour d'appel de Caen. De La Monneraye, president du Conseil general du Mor- bihan , a Rennes. Pottier^, conservateur de la bibliotheque publique de Rouen. Nicias Gaillard O ^, avocat-general a la Cour de cassa- tion, membre de plusieurs Society savantes , un des fon- dateurs de la Societe des antiquaires de l'Ouest. Thevenot , chef d'escadron , secretaire de la 5 e . section de la VI e . session du Congres scientifique de France, a Cler- mont-Ferrand. Chavin de Mallan 3 , conservateur de la bibliotheque du palais du Luxembourg, a Paris. Mq ; s. de Chenevieres Pointel , membre de plusieurs acade- mies, employ^ au musee des tableaux, a Paris. DES MEMBRES DE i/lNSTlTTTT DES PROVINCES. XV MM. Guillort aine ^, secretaire-general de la X e . session du Congres scientifique de France, president de la Society in- dustrielle, a Angers. Le B on . Chaillou des Barres O >^<, ancien prefet, president de la Sociele archeologique d'Auxerre. De Verneilh Pcirazeiu, inspecteur divisionnaire de la Society francaise pour la conservation des monuments , a Nontron (Dordogne). De Surigny, membre de l'Academie de Macon, a Macon ( Saone-et-Loire ) Flechet, architecte , a Lyon (beaux-arts). M. Canat, secretaire-archiviste de la Society acadmique de Chalons-sur-Saone (sciences naturelles, beaux-arts), R. Bordeaux, docteur en droit, membre de plusieurs acade- mies, a Evreux (Eure) (sciences naturelles, beaux-arts). Blondlot, secretaire-general de la XVII e . session du Congres scientifique de France, professeur a lecole secondaire de medecine de Nancy (sciences physiques). Boulange , ing^nieur des ponts-et-chauss6es , membre de FAcad6mie , a Metz. Simonin, docteur-medecin, secretaire de l'Academie Stanislas, a Nancy, secretaire de section a la XVII e . session du Congres (sciences physiques). Le Page , membre de FAcademie de Nancy , archiviste du departement de la Meurthe, secretaire de section a la XVII e . session du Congres scientifique, a Nancy (litten*- ture, archeologie, beaux-arts). C te . de Mellet, inspecteur des monuments de la Marne, membre de plusieurs academies , president de section a la XVIP. session du Congres scientifique , a Chaltrait (Marne) ( archeologie , beaux-arts ) Victor Petit, membre de plusieurs societs archologiques , a Sens^(Yonne) ( beaux-arts, archologie). MM. Travers, professeur de literature latine a la Faculty des lettres de Caen, secretaire perp&uel de rAcade"mie des sciences, arts et belles-lettres, a Caen ( litteralure , beaux- arts ). Dupre La Maherie, docteur en droit, secretaire de section a la XVI e . session du Congres scientifique de France, juge suppleant, a Avranches (legislation, litterature ) . Rostan, inspecleur des monuments historiques , maire de St.- Maximin (Var) (beaux-arts). Pellerin , docteur-m^decin , ancien professeur a TEcoIe secondaire de medecine , membre de plusieurs academies , a Caen (sciences). Hardee, imprimeur de FInstitut, membre du conseil de la Societe francaise pour la conservation des Monuments, & Caen. Kerabres Strangers. MM. Lopez, conservateur en chef du mus6e, a Parme. Gazzera, secretaire de TAcademie, a Turin. Avellino , conservateur du musee Bourbon, a Naples. Le chanoine Iorio , a Naples. Mg r . Rendu, cheque d'Annecy. Mq 8 . Paretto, a Genes. Mq'". de Ridolfi, ancien ministre, a Florence. Pasteur Dury, a Geneve. B on . de Selis-Longchamp , a Liege. Whewiiel, a Cambridge. James Iates, a Londres. Le prince de Canino, a Rome. San Qlantino, conservateur honoraire du Mus6e, a Turin. Hecker (Justus Fiederick Carl), professeur de medecine & l'Universite de Berlin. DES MEMBRES DE l'iNSTITUT DES PROVINCES. XVII MM. Despines , directeur-g^neral des mines du Pi6mont , a Turin. Varnkoenig , professeur a rUniversite" de Tubingue. Baehr , professeur a rUniversite" de Heidelberg. Schadow, directeur de l^cole des Beaux-Arts, a Dusseldorf. Leopold de Buch, naturaliste, a Berlin. Kupfer, professeur de physique, a Saint-Petersbourg. Krjeg de Hochfelden, charge des fortifications du Grand- Duch6 de Baden , a Baden. De Hammer-Purgstall , membre de TAcademie impSriale , a Vienne. De Brinckeu, conseiller d'Etat , a Brunswick. Boisseree , architecte , a Bonn. d'Hommalius d'Halloy, correspondant de Tlnstitut de France, a Namur. Maravigna, professeur d'histoire naturelle, a Catane (Sicile). Due Serra di Falco, prince de St.-Pietro , a Palerme (Sicile}. Bertini y$t, membre de la Chambre legislative de Sardaigne, conseiller a la Faculte de medecine , membre de plusieurs academies, vice-president general du Congres scientifique de France , a Turin. B on . de Roisin, au chateau de Kurens, pres Treves ( Prusse Rh^nane). Buckland, professeur a l'Universite" d'Oxford. Mq \ de Santo Angelo , ministre de S. M. le roi des Deux- Siciles,'a Naples. G te . de Furstemeerg $, chambellan de S. M. le roi de Prusse, a Apollinarisberg, pres Cologne. B on . de Quast , inspecteur-g6ne>al des monuments historiques de Prusse, a Berlin. Roulez , professeur d'archSologie , a l'Universite de Gand. B on . de Stassart G O >g<, membre du Senat, president de FAcad6mie, a Bruxelles. Mq>. de Northampton, president de la Societe* royale de Londres. XVIII LISTE MM. Bonafous^S membre de I' Academic royale de Turin, corres- pondant de rinstitut de France, a Turin. Sismonda $s professeur de geologie a l'Universite de Turin , membre de l'Academie de la meme ville. C te . de Selmour ^<, gcntilhomme de la Chambre du Roi de Sardaigne, president de 1' Association agricole du Piemont. Jacqufmont $$, membre du Senat et president de la Societe academique de Chambery. Mg r . Muller, eveque de Munster. Reichensperger , conseiller a la Cour royale et membre de plusieurs academies , a Cologne. Mg r . Geissel ^c, archeveque de Cologne. Botowski , secretaire de l'ambassade russe, a Paris. C te . de La Marmora C ^5, directeur de l'ecole de marine, a Genes. Donalston , secretaire de l'lnstitut des architcctes , a Londres. Le Maistre-d'Anstaing ^., president de la Societe archolo- gique, a Tournay. Quetelet O &, secretaire perpStuel de TAcademie royale de Bclgique, a Bruxelles. Jobard >^<, membre de l'Academie royale, a Bruxelles. De Wilmosky, chanoine de la cath^drale de Treves, & Treves. Thurman, membre de plusieurs academies, a Porentruy. Le B on . de Plancket , docteur en droit, membre de plusieurs academies, a Bruxelles. Murchison, membre de la Societe" royale de Londres, corres- pondant de l'lnstitut de France , a Londres. SZembres Titulaires DECEDES DEPUIS LA PUBLICATION DU PRECEDENT ANNUAIRE, Lesson O ^, a Rochefort, elu membre titulaire le 9 novembre 1839, mort a Rochefort le , , . iU9 (sciences naturelles). DES MEMBRES DE i/lNSTITUT DES PROVINCES. XIX Ch. Richelet, Pun des fondateurs de Tlnstitut, proclame le septembre 1839, mort le l er . septembre 1850 (sciences morales et politiques, archologie , histoire, litterature). De Jumelles >g<, elu le 9 novembre 1839, mort a Honfleur le .... 1849. Sffembres Strangers. Wiliam Bromett, de Londres, elu membre Stranger le 30 sep- tembre 1845, mort a Bologne le 17 juin 1850. LeB on . de Reiffkimbero ^<, e"lu membre Stranger le 17 juin 1841, mort a Bruxelles le . . . . 1850. SUR H. RICHELET, MEMBRE DE L'lNSTITUT DES PROVINCES; PAR M. DE CAU3IONT. L'Institut des Provinces , 1' Association normande et un grand nombre d'autres Societes savantes ont perdu, le l et . septembre i860 , un des hornmes qui ont le mieux compris ce que les Compagnies academiques des departements peuvent entreprendre d' utile pour le pays et d'interessant pour le progres des connaissances humaines. M. Richelet faisait partie de cette ecole peu nombreuse , mais active , devouee , desinteressee, qui ne veut pas que la province reste oisive , sous pretexte qu'elle manque de ressources litteraires et scientifiques , ni quelle s'avoue lachement vaincue par les savants de Paris. M. Richelet, apres avoir fait de bonnes etudes au college de Falaise , sous le respectable abbe Hervieu , entra tres- jeune dans l'administration des eaux et forets , avec le brevet de garde-general, et fut attache, comme secretaire, au bureau du conservateur, residant au Mans. Ces fonctions laissaienta M. Richelet du temps pour continuer ses etudes: des recherches philologiques etendues le firent connaltre du monde savant. A la mort de dom Renouard , il fut appele , quoique fort jeune , a la place de conservateur de la biblio- theque publique du Mans , une des plus riches de France, etrenfermantplus de 60,000 volumes, provenant, en grande partie, de l'abbaye de Saint- Vincent du Mans, dont les Be- nedictins avaient commence l'histoire litteraire de la France. SUR M. RICHELET. XXI Ce fut alors que M. Richelel quitta la carriere des eaux et forets pour se livrer a 1' etude, et mettre dans le meilleur ordre Ch. RICHELET , MEMBRE DE i/lNSTITUT DES PROVINCES, INSPEGTEUR DE l' ASSOCIATION NORMANDE , PRESIDENT GENERAL DE LA. XVI e . SESSION DU CONGRES SCIENTIFIQUE DE PRANCE. des richesses bibliograghiques et paleographiques conside- rables. Pendant dix ans, il a vecu au milieu des livres, clas- XXII NOTICE NECROLOGIQUK sant , etudiant , reunissant des materiaux pour un travail sur les poetes du moy en-age, etudiant l'hebreu et plusieurs autres langues. Cependant de graves inter&ts le forcerent a quitter la bibliotheque. Son beau-pere, proprietaire d'une des plus importantes imprimeries du Mans , avail besoin de repos , et Taction d'un horame jeune et capable etait devenue ne- cessaire pour soutenir l'etablissement. M. Richeletse livra completement a cette tache, et consacra dix autres annees au commerce. Pendant le temps qu'il a dirige cette imprimerie, qui devint tres-importante , M. Richelet a publie un grand nombre d'ouvrages dont nous ne pouvons placer ici le cata- logue. Nous mentionneronsseulement son excellent Guide du voyageur au Mans , qui a eu plusieurs editions et qui a beaucoup contribue , en donnant de tres-bonne heure des notions precises sur Tage relatif des monuments de cette ville, a inspirer le gout de l'archeologie dans le pays. Nous citerons encore ses Recherches sur Alona, diverses traduc- tions de l'hebreu , un grand nombre de memoires et de rapports lus dans diverses reunions scientifiques ; enfin des livres de morale approuves par Mg r . l'ev&que du Mans, et qui ont eu quatre ou cinq editions. Plusieurs fois, le Congres scientifique de France avait reconnu l'utilite de creer une Societe qui , sous le titre dilnstitut des Provinces , encourageat les travaux scienti- fiques dans les departements et etablit un lien entre les Academies. II m'avait charge de preparer un projet definitif pour la 7 e . session. Avant de rediger ces statuts, je me rendis au Mans t le 9 fevrier 1839 , afin d'en conferer avec MM. Cauvin et Richelet, secretaires-generaux de la session qui devait SUR M. RICHELET. XXIII s'ouvrir en septembre. M. Richelet se chargea de dormer au Congres des explications sur l'ensemble du projet reglementaire , et il le fit dans un memoire ecrit , qui , plus tard , a servi de preface au premier volume de l'lnstitut des Provinces. Dans l'examen du projet de statuts qui fut confie a une Commission apres la session du Congres, M. Richelet prit souvent la parole. II fut ensuite elu secre- taire-general de la nouvelle Compagnie , dont le venerable M. Cauvin fut proclame directeur. Le siege de l'lnstitut avait effectivement ete etabli , pour six annees, dans la ville du Mans, et les deux academi ciens que je viens de citer etaient designes , par l'opinion des hommes lettres de la Sarthe , comme les plus capables de bien dinger la nouvelle Compagnie. lis ont , Fun et 1'autre, justified la confiance de leurs collegues. M. Cauvin a ouvert la serie des publications de l'lnstitut par son beau travail sur la Geographie de Vancien Maine, que l'lnstitut de France a couronne. M. Richelet a aid6 , avec le devou- ment d'un ami , le savant vieillard dans la publication de son oeuvre. II a , d'ailleurs , constamment tenu la plume dans les seances qui ont eu lieu auMans pendant six annees, dirigeles correspondances, entretenu des rapports entre l'ln- stitut , les Academies et le Congres scientifique de France. En 1844 , M. Richelet vendit avantageusement son im- primerie , desirant passer dans le repos et l'etude le reste d'une vie dont les plus belles annees avaient ete si labo- rieusement occupees. A la meme epoque , M. Richelet fut del6gu6 par le Con- gres de France au Congres scientifique italien siegeant a Milan, conjointement avec MM. Roux , de Marseille, et Guillory, d' Angers, pour representer la France academique jm. sein de cette grande assemblee. XXIV NOTICE NECROLOGIQUE II profita de quelques jours qui devaient s'ecouler entre la cl6ture du Congres de France , qui siegeait aNlmes, et l'ouverture de celui de Milan , pour visiter Venise, Padoue, Verone , et plusieurs villes de la rive gauche du P6. Apres le Congres , il partit pour Rome , visita Bologne, Florence, Perouse , etc., etc. Apres avoir passe a Rome le temps ne- cessaire pour bien voir les tresors qu'elle renferme, M. Richelet alia a Naples par Teracine k , Gaete et Capoue , et visita avec la plus grande attention cette ville et ses en- virons ( Pompei , Pestum , Bagya ) , il rentra en France apres avoir fait des stations a Pise et a Genes. En 1845, il etait venu passer quelques mois a Luc (Cal- vados) pour y prendre des bains de mer avec safamille*. Cette plage lui plut ; il resolut d'y faire construire une habita- tion. Ce projet fut mis a execution Tannee suivante. De ce moment , M. Richelet prit un inter&t tres-vif aux travaux agricoles. II s'occupa lui-meme , avec succes, de la taille des arbres fruitiers, de tout ce qui tient a l'hor- ticulture, et devint inspecteur de T Association normande pour le canton de Douvres. C'est ainsi que Thomme sage aime souvent a se delasser des travaux intellectuels , en alliant a ceux-ci les travaux du jardinage. Le calme de la campagne, la promenade sur la greve plaisaient a M. Richelet , a tel point qu'il passa l'hiver de 1848 tout entier a Luc. La revolution de Fevrier le surprit dans sa retraite. II etait sincerement monarch ique ; il avait souvent reflechi aux moyens de consolider le Gouvernement en 6tablissant de sages reformes. L'evenement de Fevrier reveilla ses anciennes idees. M. Richelet etait organisateur ; il eut 6t6 plus habile , selon nous, que beaucoup d'hommes politiques qui ont SUR M. RICHELET. XXV bnlle au premier rang. Au lieu de compliquer les rouages administratifs, comme on le fait en France, il aurait voulu les simplifier ; il aurait voulu que plusieurs fonctions , au- jourd'hui retributes , devinssent gratuites ; il voulait enfin operer , dans une juste mesure, la decentralisation admi- nistrative. Toutes ces idees furent expliquees dans plusieurs publi- cations qui parurent , en 1848 et 1849 , sous differents titres , notamment sous ceux-ci : Lettre a un republicain de la veille, par un republicain du lendemain; Actualites politiques; LeBudget et la Centralisation , 1 vol. in-8. La premiere de ces brochures , qui appuyait chaudement l'election du prince Louis Bonaparte , fut imprimee a plus de 20,000 exempl aires. M. Richelet , non content de la repandre dans le Calvados et dans la Sarthe , la fit distri- buer dans cinq a six autres departements, entreprit en meme temps des voyages dans certaines villes ou ses rela- tions scieiitifiques lui assuraient de l'influence. Apres l'election du 10 decembre , M. Richelet fut reu plusieurs fois par le prince Louis ; et , s'il eut desire quel- ques fonctions , il eut ete parfaitement en mesure d'en obtenir. Mais il avait agi par conviction et avec desinte- ressement ; il ne demanda rien , et revint chez lui. Dans le meme temps , nous etablissions , pour le Cal- vados , un Comite decentralisateur , Comite dans lequel on etudiait les questions qui se rattachent a cette grande pensee de decentralisation , pensee dont la realisation as- sureraitl'avenir et la tranquillite du pays, si le pays savait la comprendre. M. Richelet et moi nous avions combattu sous ce drapeau depuis vingt ans. Nous etions quelque peuccmnusaParis ; nous fumes done invites par M. Cordier, XXVI NOTICE NECROLOGIQUE da Jura, M. Bechard , M. de Kergorlay , directeur de la Ilevue provinciate , et par quelques autres notabilites poli- tiques, a consulter les hommes eclaires du Calvados sur les reformes administratives a introduire. Le Comite forme a Caen choisit M. Richelet pour secre- taire. Ce comite tint des reunions dans cette ville , puis a Falaise, a Pont-1'Eveque , a Bayeux et a Lisieux , aux- quelles prirent part pres de trois cents personnes notables. La reunion de.Bayeux fut presidee par M. Pezet, membre du Conseil general; celle de Falaise, par M. de la Fres- naye ; celle de Lisieux , par M. Le Roy-Beaulieu , repre- sentant du peuple ; et celle de Pont-1'Eveque , par M. Au- mont, avocat. J'exposai,dans ces quatre reunions, quelles etaient les questions les plus importantes et les plus ur- gentes a resoudre , en admettant le principe de la decen- tralisation maintenu dans de sages limites. Une discussion s'engagea dans chaque reunion, apres mon expose , et M. Richelet eut un veritable succes dans ces discussions , particulierement a Lisieux et a Pont- l'Ev^que. Depuis dix ans, M. Richelet avait eu bien d'autres oc- casions de montrer en public la profondeur de ses idees en toute chose , et la sagesse de ses principes. Les Congres scientifiques et agricoles les lui avaient surtout fournies. II fut chaque annee , depuis 1844, delegue de la Societe aca- demique du Mans au Congres central d'agriculture de Paris ; depuis 1839, il a represents les Societes savanlesde laSarthe au Congres scientifique de France ; il etait a Lyon , en 1841 ; a Strasbourg, en 1842; a Angers, en 1843; a Nlmes , en 1844; a Reims, en 1845; a Marseille, en 1846; a Tours, en 1847; et a Rennes, en 1819. SUR M. BICHELET. XXVII Apres avoir ete plusieurs fois vice-president de section an Congres scientifique de France, M. Richelet fut elu , a Marseille , president de la section de litterature ; a Tours , il fut appele a la vice-presidence du Congres , et, en 1849, le Congres siegeant a Rennes i'appela a la presidence ge- nerate de la XVI e . session , temoignage le plus eclatant d'estime qui put lui etre donne par cette grande Assemblee. Cette eminente fonction resume a elle seule toutes celles qui avaient anterieurement recompense les travaux de M. Richelet, et il est inutile de rappeler qu'il avait preside bien des fois des reunions de la Societe frangaise pour la conservation des monuments , a Caen , au Mans, a Tours, et dans d'autres villes. Un des plus anciens membres de cette Compagnie , dont il avait ete inspecteur, il n'a pas cesse de faire partie de son Conseil general administratif. II etait aussi membre du Comite des arts et monuments , forme par le ministre de Tinstruction publique, a l'imi- tation de la Societe frangaise. M. Richelet avait acquis, dans le monde savant, une reputation etendue , et d'autant plus flatteuse qu'elle etait moins contestee. Vivacite de conception et d'execution, lu- cidite remarquable de style , excellente methode dans la classification des idees ; telles etaient les qualites precieuses qui distinguaient M. Richelet comme 6crivain. Son ame enthousiaste se revelait dans ses travaux litteraires. Quand un sujet lui plaisait , qu'il crojait utile de le traiter, il ne quittaitla plume qu'apres avoir termine; et nous l'avons vu ecrire des memoires ou des dissertations assez longues , en quelques heures. Cette rapidite dansl'execution, est toujours symptoma- tiqUe d'une grande vivacite, aussi M. Richelet etait-il tres- vif ; maisja douceur naturelle de son caractere temperait XXVIII NOTICE SUR M. RICHELET. toujours ses premieres impressions, et il paraissait d'un calme parfait. Pourtant il n'a jamais manque de franchise , quand il a trouve sur sa route des hypocrites a demasquer , ou des fautes a redresser. M. Richelet etait a sa campagne de Luc, quand il a res- senti , au mois de juin, les premieres atteintes d'une ma- ladie du cceur. II mettait la derniere main a une Histoire de la peinture , pour laquelle il avait deja fait executer plusieurs planches, quand la mort l'a frappe. M. Richelet n'avait que 46 ans , et rien ne faisait , il y a quelques mois, craindre une fin si prochaine : aussi a-t-il ete vivement regrette , et les temoignages les plus honorables ont ils 6te donnes a sa memoire. M. Moriere, membre de l'lnstitut et secretaire-general de l'Association normande , a pronoace sur sa tombe un discours remarquable. MM. de Brebisson et Le Sauvage , membres de l'lnstitut des Provinces ; M. Hebert, membre du Conseil general; M. Duhamel ; M. Rupalley,docfeur en droit, et plusieurs membres des Societes savantes de Caen, assistaient a l'inhumation. Quelques jours apres, a Nancy, dans une des seances pu- bliques du Congres scientifique de France , preside par un de ceux qui avaient su le mieux apprecier la valeur de M. Richelet, M. le vicomte de Cussy , j'annongais la mort de celuiqui, apareiljour Tannee precedente , occupait le fau- teuil a Rennes. L'emotion de l'Assemblee tout entiere prouva combien cette perte etait vivement sentie. Le Con- gres , spontanement et a Vunanimite, ordonna que l'expression de ses regrets serait consignee au proces-verbal. C'est la le plus grand honneur que le Congres scientifique, ce Parlement academique de la France , puisse rendre a la memoire d'un homme qui a bien merite du pays. StJJBTS DE PRIX. 1 SUJETS DE PRIX. Prii proposes , an nom de M. de Caumont , par l'lnstitnt des provinces de France , pour e*tre decerned en 1852. Un prix de 300 francs a la meilleure Statistique agricole d'un departement ou d'un arrondissement , accompagnee d'une carte agronomique dressee conformement aux in- structions precedemment publiees par l'lnstitut. Une medaille de vermeil pour la carte monumentale (Fun departement ou d'un arrondissement, qui indiquera, au moyen de signes clairs et bien distincts , le nombre et Vkge relatif des monuments qui s'y trouvent , la distribution geograpbique des fiefs et leur bierarcbie , la hierarchie ecclesiastique ou distribution des patronages. Une medaille de vermeil a, l'auteur du meilleur niemoire sur le sujet suivant : Determiner rigoureusement quels changements se sont Operes , aux XII e . et XIII e . sieves , dans 1' architecture des forteresses ; examiner si Ton peut demon trer que cette architecture ait fait alors des emprunts a l'Orient ; deter- miner rigoureusement la nature de ces emprunts. Sonscription nationale poor la continuation dn Gallia Christiana. I/lnstitut des provinces propose et prend sous son pa- tronage tine souscription nationale pour l'achevement du XXX SUJETS DE PRIX. Gallia Christiana. Deja la Societe francaise pour la con- servation des monuments a souscrit pour 300 francs. Plu- sieurs souscriptions individuelles de 50 francs chacune ont et6 remises a la direction de l'lnstitut. Nous publierons le nom des souscripteurs dans l'Anriuaire de Tan prochain. CONGRES DBS DMGUES DES SOClMS SAVANTBS DES DEPARTEMENTS, SOUS LA DIRECTION DE L'INSTITUT DES PROVINCES, AC PALAIS DC LCXEMBOCRG. SESSION DE 1850. SEANCE DOUVERTURE. (Presidence de M. de Caumont , directeur de Plnstitut.) Le Congres des delegues des societes savantes des de- partements a ouvert sa premiere seance le i mars, a une heure, au palais du Luxembourg, dans Pancienne salle des seances de la Chambre des Pairs. % Cette session, qui doit durer six jours, est placee sous la direction de Vlnstltut des provinces de France. Elle est essentiellement destinee a la recherche des moyens de rendre plus reelles et plus actives les relations entre les diverses societes savantes des departements, de faci- liter la publication de leurs travaux, de leur donner un plus grand retentissement. D'autres questions, d'une na- ture plus generale , inscrites au programme de cette reunion, se rattachent naturellement a cet objet plus 2 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. special qui l'a motivee et sont destinees a jeter le plus grand interet sur ses seances successives. M. de Caumont, directeur de Vlnstitut des provinces, est par cela meme president du Congres. MM. Louis de Rergorlay (de POise), du Chastellier (du Finistere), Pun et Pautre membres de PInstitut des provinces, elRichelet(de Mons),ancien secretaire general de PInstitut, ont ete nom- mes secretaires generaux.Ces derniers ont choisi comme secretaires adjoints MM. Bordeaux (d'Evreux), Enault (de Caen), membres dela Societe francaise pour la conser- vation des monuments , et M. de Chenevieres-Pointel. La premiere seance est presidee par M. de Caumont; plus de cent personnes composent Passemblee : Siegent au bureau : MM. le baron de Stassart, pre- sident de PAcademie de Belgique; Le Glay, membre correspondant de PAcademie des inscriptions et belles- lettres , a Lille; M. Pabbe Barraud , chanoine de la cathedrale de Beauvais ; M. Pabbe Noget, superieur du grand seminaire de Sommervieux; MM. Louis de Ker- gorlay, Richelet, du Chastellier, Enault et Bordeaux. On remarque parmi les assistants plusieurs membres de PAssemblee nationale, entre autres MM. de Kerdrel, de Lar(chejacquelein, Cordier (du Calvados), Duparc, de Coetlosquet , Desjobert , Herve de Saint-Germain , Rioux de PArgentaye. M. le directeur ouvre la seance par un discours concis oil il expose d'une maniere saisissante le but de la reu- nion. II s'exprime en ces termes : Dans la vie des academies comme dans celle des peu- pies , il arrive des epoques ou les transformations de- viennent d'une necessite imperieuse. Les societes savantes comme les autres institutions doivent, sous peine de ces- CONGRES DES ACADEMIES. 3 ser d'etre utiles, se soumettre a cette loi, et, quand le temps est venu, rechereher serieusement quelles modifi- cations il fautapporter dans leur constitution, dans leurs travaux habituels, dans la nature et le nombre des objets qu'elles veulent embrasser. M. Le Glay demande la parole. Le Gallia christiana est certainement , dit-il , un des plus grands monuments entrepris dans le dernier siecle. Mais peut-etre le plan de Pouvrage lui-meme est-il in- complet , et il serait tres a desirer que de nouveaux travaux etendissent considerablement ce travail. Les Benedictins n'ont donne qu des nomenclatures sur les evcques et les abbayes, etc., et il est a remarquer que beaucoup de lacunes subsistent. Les premiers auteurs 44 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. de cet important ouvrage sont loin d' avoir eu communi- cation de tous les chartriers qu'il aurait fallu consulter. Des resistances reelles ont etefaites,et plusieurs maisons conventuelles ne se sont pas pretees a rendre ce travail complet. Les collegiales entre autres ont ete omises. Ni franciscains , ni recollets, ni capucins n'ont ete compris dans le travail. Point de carmes, point de jesuites, de brigitins, d'annonciades. lis ont omis de parler des hopitaux desservis par des corps religieux. La geographie des dioceses a ete egalement negligee , et la circonscription paroissiale elle-meme a ete omise. Eh bien, messieurs, dit Forateur, le moment n'est-il pas venu de completer cette grande ceuvre , et n'est-ce pas naturellement a l'Institut des provinces que cet im- portant travail revient ? J'ai essaye, pour le diocese de Cambrai, de remplir les lacunes que je viens de signaler. J'ai fait une nomenclature des suffragants et coadju- teurs, apres quoi j'ai mis au premier rang les collegiales, en continuant les chronologies jusqu'a nos jours. Puis enfin , messieurs , j'ai cru devoir faire une in- novation : les Benedictins avaient cru devoir ecrire en latin , j'ai done du mettre a cote du texte des Benedic- tins une traduction francaise , et j'ai complete mon tra- vail dans cette derniere langue. Voila dans quelle pensee j'ai entrepris les recherches dont j'ai l'honneur de vous entretenir : nous avons l'histoire de l'Eglise francaise a faire ; que chacun de nous y porte les materiaux que nous pouvons avoir sous la main. M. de Caumont fait observer qu'il serait naturel que les Benedictins de Solesmes fussent engages a continuer CONGRES DES ACADEMIES. 45 ce grand ouvrage, en suivant exactement la march e de leurs devanciers et leur format. M. Richelet dit que les Benedictins de Solesmes ont completement renonce a la continuation de l'ceuvre en question , des que les secours en argent leur ont manque. M. de Caumont demande alors que le travail soit en- trepris par l'lnstitut des provinces, et que provisoirement il soit restreintaux trois dioceses mentionnes dans le Me- moire de M. Voisin. M. de Rerdrel , repondant aux observations de M. Le Glay, dit que la question n'est pas de savoir si le Gallia christlana est aujourd'hui l'ideal du genre , mais tel que ce monument a ete entrepris , tout impar- fait qu'il est, il faut respecter la pensee primitive des Benedictins, et malgre les lacunes signalees, continuer l'ceuvre dans l'esprit ou elle a ete commencee. M. de Rerdrel ajoute qu'on continue peu les grands ouv rages entrepris par les congregations, et que si nous etions surs d'avoir une deuxieme edition complete, il comprendrait tres-bien que ces nouveaux volumes fus- sent traites d'une maniere plus large. Mais, suivant lui, il faut d'abord terminer la premiere et adopter pour cela le meme format, le meme style et la meme langue. Finissons cette premiere ceuvre des Benedictins , dit-il, sans faire injure a leur memoire, en pretendant faire mieux que nos devanciers. C'est la, je crois, ce que nous pouvons nous proposer de plus heureux et de plus rationnel. M. de Lambron fait observer que chaque diocese a de nouveaux documents, et qu'il faut s'en servir en pu- 46 INSTITOT DES PROVINCES DE FRANCE. bliant tout ce qui pourrait completer la peiisee des pre- miers auteurs du Gallia Christiana. M. de Lambron parle des travaux deja entrepris par plusieurs archeologues sur cet important sujet, et si- gnale ce qui a etc fait dans le diocese de Tours, auquel il appartient. II signale aussi la difficulte qu'il y a a completer ces travaux par la necessite ou l'on est de venir a Paris con- suiter sur place les masses cnormes de documents qui sont entasses dans les depots de la capitale. M. de Lambron demande que le format in-octavo soit adopte. Enfm, ne serait-il pas necessaire de reprendre Pou- vrage, afin de profiter des documents nouveaux que Ton peut trouver dans les archives departementales ? M. le baron de Hauteclocke pense que les lacunes signa- ges dans les travaux des Benedictins ont ete en partie reparees, et qu'elles avaient ete deja remarquees avant d789. M. Le Glay observe que le Gallia christiana n'est pas une ceuvre unique; ce n'est qu'une collection, et rien ne s'oppose a ce que, sur ce point, chaque diocese donne tous les developpements qui seraient juges convenables par eux ; il demande qu'a cet egard rien ne soit omis dans les nomenclatures, sans en excepter les feuillets qui doi- vent etre publies comme pieces justificatives. M. Richelet dit que si Ton publiait, par exemple, les provinces de Tours et de Besancon sur les plans suivis par les Benedictins , il faudrait reparer les omissions faites par les premiers auteurs tout en suivant le plan qu'ils avaient adopte. M. le baron de Hauteclocke recommande le format in- octavo, en citant P exemple de VJrt de verifier les dates. CONGRES DES ACADEMIES. 47 M. de Kerdrel s' oppose a cet avis, fonde sur les differences qu'il y a entre les ouvrages cites. M. de Caumont propose les conclusions suiv antes : Le Congres demande que le Gallia christiana soit complete avec la forme adoptee pour les volumes publies ; Que les societes savantes s'occupent chacune dans sa circonscription d'en reunir les materiaux, et qu'une commission de Plnstitut des provinces, ou emanee des autres societes qui auront travaille a Pouvrage, soit chargee de coordonner ces materiaux, en commencant par les dioceses de Parcheveche de Tours. Le Congres verrait avec satisfaction que dans les dio- ceses oil on pourra le faire on s'occupat de completer le Gallia christiana , en prenant pour exemple le beau travail de M. Le Glay sur le diocese de Cambrai. M. le president met les conclusions de M. de Caumont aux voix. Elles sont adoptees. M. de Glanville a la parole comme rapporteur de la commission des beaux-arts. Voici les conclusions de la commission. La commission est d'avis : 1 que l'on encourage, par tous les moyens possibles, les expositions regionales d'ol> jets d'art; 2 Que les recompenses et distinctions honorifiques accordees dans les expositions aient autant pour but Pinspiration spiritualiste que Pexecution materielle de Part; 3 Enfin que, dans chaque grande commune , le sou- venir des personnages qui ont pu Pillustrer soit rappele a la reconnaissance de ses habitants, ou par un portrait, ou par Pmscription de leurnom. 48 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. d'Angerville. C'est a la foi eteinte, a la religion oubliee qu'il faut demander l'inspiration artistique : le materialisme n'a rien et ne donnera rien; les doctrines spiritualistes ne vous donneront pas seulement l'inspira- tion artistique, elles vous donneront encore la moralisa- tion, cet autre but que vous poursuivez. Jusqu'ici on a trop neglige l'instinct du beau, la pas- sion du'vrai, et le respect des choses sacrees. {Appro- bation.) M. de Caumont. Quoi que Ton puisse dire de la pro- vince , il faut convenir que l'enseignement artistique y estassez complet; ce qui manque, c'est 1' encouragement. Deux conseils generaux ont deja vote des sommes pour le transport des objets d'art envoyes aux expositions re- gionales de l'Institut des provinces ; c'est une bonne voie dans laquelle il serait bon de voir entrer tous les con- seils des departements. M. de Chenevieres. Je voudrais que les monuments eleves a la memoire des grands hommes de province fussent confies a 1' execution des artistes de la province. Ce serait un utile encouragement. M. du Ghastellier. Vous avez a resoudre une question difficile : voyons ce qui s'est fait, et ce qui peut se faire. L'honorable membre jette un coup d'ceil rapide sur les diverses circonstancespolitiquesquipeuvent nuire ouser- vir au developpement artistique en province : il constate un affaiblissement deplorable de nos jours, et il ajoute : Maintenant, que nous avons cette etroite division en departements Les departements ne comprendront pas Part d'ici longtemps Et les artistes en province.... Quelle vie insuffisante CONGKES DES ACADEMIES. 49 et precaii e ! . . . . eh bien ! ils ne peuvent meme pas se for- mer en province. .. . Ils sont obliges de venir se former a Paris pour aller vegeter en province.... Vegeter, car ils n'y peuvent pas vivre. Les hommes qui auraient fait des etudes sufnsante pour se completer , ajoute-t-il, manqueraient tres- probablement dans la plupart de nos provinces, et je crois qu'a 1'epoque ou nous sommes il faut tout simple- ment se contenter de faire ce qui est possible. L'art a aujourd'hui des difficultes a surmonter qu'il ne faut pas perdre de vue : notre circonscription depar- tementale ; l'amoindrissement du sentiment artistique, les exigences de notre existence materielle. Toutes ces choses ne doivent pas etre oubliees. On fit de Part en Grece et du plus eleve, on n'en faisait deja plus a Rome; on n'en fait ni en Angleterre ni aux tats-Unis. Ce qui peut sauver l'art aujourd'hui chez nous , c'est l'Institut des provinces et l'exposition regionale; il faut 1' emulation des departements,il faut une lutte pleine d'ac- tivite entre les grandes regions qui divisent la France au point de vue artistique. Que les encouragements soient done distribues par l'Institut des provinces , il sera le meilleur juge et le plus competent. M. de Quatrefages. L'honorable preopinant est trop decourageant. Le Midi a conserve des tendances artistique* plus genereuses. Chaque annee Toulouse fait des sacri- fices considerables pour 1' education artistique de ses en- fants, et ses sacrifices sont couronnes de brillants succes. Il en est de meme a Montpellier. Du reste, il faut bien l'avouer, la province est un peu en arriere ; pour que les eppcours soient vraiment utiles , il "faut y admettre , y 3 50 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. appeler les artistes de Paris, ils donneront line bonne impulsion dont la province profitera. Charriere a envoye a Toulouse ses instruments les plus delicats, au bout de six mois ils etaient imites. > M. du Chastellier. Cela prouve la verite de ce que j'avancais. 11 faut faire une large part a Pemulation, un eoncours librement ouvert et une large part a PInstitut des provinces dans P appreciation du eoncours et dans la distribution des fonds. Nous demandons que Pon nous donne le moyen de faire lebien. Je demanderais que moft amendement for- mule en proposition fut soumis comme vceux du Congres au gouvernement. M. Boullee (de sa place). A Lyon, il y a une ecole des beaux-arts en decadence. On veut fonder une ecole de musique, il faut recourir a des souscriptions particulieres. Nous voulons le secours de PInstitut des provinces, mais il faudrait que cet Institut fut autorise du gouvernement pour se mettre en rapport avec les administrations de departement. M. de Caumont. Sans avoir Pautorisation du gou- vernement central , je me suis mis en rapport avec nom- bre de conseils generaux qui nous reconnaissent, et cor- respondent avec nous. > M. le president de Stassart donne communication d'une lettre du bibliothecaire du Luxembourg qui met la bi- bliotheque au service du Congres. Des remerciments sont votes a M. le bibliothecaire. Le Congres adopte la proposition deM. du Chastellier et celle de M. de Caumont: Proposition de M. du Chastellier : Le Congres demande que le gouvernement accorde CONGRES DES ACADEMIES. 51 a rinstitut des provinces line portion convenable dans les fonds de secours aux beaux-arts. Proposition de M. de Caumont : u Que dans chaque departement le conseil general dis- pose d'une allocation plus ou moins importante pour 1' encouragement des beaux-arts et des expositions re-r gionales. La seance est levee atrois heures. Celle de demain commencera aonze heures precises. L'ordre du jour appellera d'abord la discussion sur la nature des travaux qui devront etre recommandes aux societes agricoles des provinces. Les questions suivantes ont ete adoptees par le bureau central pour etre prochainement discutees. Quels seraient les moyens de faire produire a la loi sur la liberte d'enseignement, soumise en ce moment u aux deliberations de PAssemblee nationale, les fruits les < plus feconds et les plus salutaires? Les societes savantes des departementsnedevraient- elles pas encourager les etudes paleographiques dans k leurs circonscriptions respectives ? .IS INSTITUT DBS PROVINCES DK VRaNCK. SEANCE 1)1 12 MARS 1850. La *cauce s'ouvre a midi , sous la presidencedeM. Le Clay (de Lille). Siegent au bureau : MM. le baron de Stassart, l'abbe Blatairoii, de Buzonniere, de Caumont et les secretaires. M. du Chastellier, Pun des secretaires generaux, donne lecture du proces-verbal de la seance du 11 mars. Apres cette lecture, M. le barou de Stassart a la pa- role pour faire remarquer qu'ou a omis de rappeler que i'assemblce a vole des remercmients a M. Bidault, qui iui a fait hommage d'un ouvrage sur les beaux-arts. M. du Chastellier donne 1'assurance que cette omission serareparee dans le proces-verbal de la presente seance. M. Boullee, representant de PAcademie des sciences, arts et belles-lei ties de Lyon, fait observer, comme rec- tification du proces-verbal , que le mot decadence, appli- que a Pecole de Lyon, presente une nuance plus tran- chee que Pidec qu'il a voulu exprimer. M. du Chastellier declare qu'il sera lenu compte de cette observation. \l. Le Glay fait remarquer qu'on lui fait dire qu'il a execute en langue francaise son travail surle diocese de C.ambrai, tandis qu'il a fait connaitre que ce travail avait ete execute a la fois en latin eten francais. M. le secretaire an nonce que mention sera faite de cette observation dans le proces-verbal de la presente seance. Le proces-verbal est adopte. VI. de (rlanville a la parole pour faire un rapport au CONGHES DliS ACADEMIES. & noni de la commission des beaux-arts sur la ix* question du programme, concue en ces termes : IX La publication de catalogues raisonncs dans tou- tes les villes ou il existe des musees ou collections de tableaux, d'antiquite, d'histoire naturelle> n'est-elle pas, comme l'a pense Tlnstitut des prov inces , une mesure de la plus grande utilite, soit comme moyen d' ins true - < tion, soit comme moyen de conservation des objets qui composent ces collections? Quelle forme doit-on donner a ces catalogues ? Quelles notions d'art devraient-ils accessoirement ren- fermer? Devront-ils etre rediges par les societes savantes ou par des hommes choisis dans chaque localite par l'ln- stitut des provinces ? Ces catalogues ne devraient-ils pas, suivantropinion de M. de Chenevieres, etre publies aux frais des villes qui, outre le grand avantage qu'elles pourraient red- w rer de ce denombrement de leurs richcsses, pourraient < rentier dans leurs frais au moyen de la vente des catalogues? Quelle initiative l'lnstitut des provinces doit-il pren- dre pour 1'execution de cette utile entreprise ? M. le rapporteur reproduit, dans son rapport, les principaux arguments des orateurs qui ont pris la parole au sein de la commission. Il termine par les conclusions suivantes : Des circulaires et instructions seront adressees aux societes savantes, pour les inviter a cataloguer tous les objets d'art, chartes et manuscrits dissemines dans leurs circonscriptions. Dans les villes ou n' existent point dc societes savantes, des commissions formees sons les aus- 54 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. pices de Plnstitut des provinces s'occupei'ont egalement de dresser ces memes catalogues. On aborde la discussion des conclusions de la com- mission. M. de Caumont s'exprime ainsi : Personne ne peut douter de Putilit6 des cata- logues : beaucoup de musees sont inconnus, qui ren- ferment pourtant des objets extremement importants, les uns passablement disposes, les autres entasses faute de place ou meme tout a fait invisibles et relegues dans des greniers. La redaction des catalogues aurait pour premier resultat de faire faire le denombrement complet de ce que Pon possede, de faire ranger systematiquement, et d'a- pres un ordre de classification adopte, tous les objets et d'en permettre ainsi P etude ; enfin d'empeeher les sous- tractions qui sont toujours faciles tant qu'il n'existe pas d'etat qui constate d'une maniere precise Pexistence de tous les objets deposes dans les cabinets. Quant a la forme a donner aux catalogues, je crois que c'est la le point le plus important ; ii faut sortir de la secheresse ordinaire d'une table a numeros ; il faut qu'en Hsant les catalogues que nous demandons on puisse y apprendre quelque chose, y puiser des notions sur Phis- toire de Part, apprendre a distinguer le merite relatifdes ecoles, soit en peinture, soit en sculpture, etc., etc. Que trouve-t-on dans les catalogues actuels? rien que des numeros d'ordre ; aussi, a mains d'etre connals- seui % > sort-on d'un musee apres Pavoir parcouru machi- nalement, fatigue de la diversite des ceuvres qui ont passe successivement sous les yeux et sans qu'il en r^ste absolument rien que de V ennui. Peut-il en etre autrement quand rien ne vous aide CONGRES DES ACADEMIES. 55 dans votre examen? Mais i'l n'en serait plus ainsi si ce catalogue etait pour vous un guide, s'il vous faisait con- naitre le merite artistique de Pobjet, sa provenance, ses vicissitudes ; si accessoirement, et, si je peux parler ainsi, adroitement, il vous inoculait des notions que vous n'a- vez pas et que vous voudriez; posseder, que vous etes parfaitement dispose a recevoir et a faire fructifier. Voila comment on ferait aimer Part en France, com- ment on populariserait des notions utiles ; des lors on trouverait un grand charme dans la visite des musees, et Pon n'en sortirait jamais sans avoir beaucoup appris. N'apprend-on pas toujours quand on a sous les yeux les objets en meme, temps que Pexplication ? ci Les musees acquerront done une importance toute nouvelle quand on aura appris a les bien voir, et, si je peux parler ainsi, a s'en servir, ce que Pon ne sait pas encore. Tachons, nous, hommes de province, de faire eette revolution. Deja des catalogues tres-instructifs ont etc edites depuis peu : je citerai entre autres, pour les ob- jets d'antiquites, celui du musee d' Amiens : qu'on fasse la meme chose pour toutes les collections de meme es- pece ; qu'on suive a peu pres le meme plan pour les mu- sees de tableaux et Ton aura rendu un immense service. Rien d'ailleurs n'est plus facile a notre epoque que de rediger de pareils catalogues ; les amateurs et les con- naisseurs se rencontrent dans tous les departements : il suffit de donner P impulsion. Cette impulsion viendra-t^elle des societes locales ou de VInstitut des provinces ? L'action simultanee des societes savantes et de Pln- titut des provinces est utile. Sans doute il y a des loca- 56 iNsnrur MS pkoyiiscks de fhanck. lites ou il existe des societes animees du meilleur esprit et qui comprendront sans effort l'importance de l'entre- prise : il faut reclamer leur concours ; mais iln'y en a pas partout , et alors il faudra s'adresser a des individus au lieu de s'adresser a des compagnies ; et qui pourrait mieux les choisir que l'lnstitut des provinces ? D'un autre cote,le plan, Punite de vues dans la redac- tion de ces catalogues entremeles de notions d'art, me pa- rait d'une telle importance qu'il sera bon d'en confier d'abord la surveillance a l'lnstitut, qui s'entendrait avec les societes des departements. Relativement a la question financiere, je suis complete- ment de l'avis deM. deChenevieres, et je me plais apenser que tous lesconseils municipaux comprendront Pinteret de leurs villes et sauront qu'en votant des sommes legeres pour Pimpression ou plutot en avancant ces sommes, puisque la vente des catalogues aux etrangers devra ne- cessairement couvrir les frais d'impression dans un temps donne, ils feront acte de bonne administration. S'il en etait autrement pour quelques-uns, les societes locales s'ho- noreraient en prenant ces frais a leur charge ; je pense meme que des entreprises particulieres , des librai- res pourraient s'en charger, avec chance de profit dans les grandes villes, sans chance de perte dans les petites. Quant a l'initiative, deja elle a ete prise par les Con- gres scientifiques , mais il faut que le Congres des dele- gues prenne de nouveau cette idee sous son patronage, et que l'lnstitut des provinces edite un catalogue-speci- men qui sera adresse comme modele dans toutes les villes ou des catalogues doi vent etre faits : e'est le modele qui manque, des qu'on 1'aura on 1'imitera. L' esprit dimita- CONGRES DES ACADEMIES. 57 tion , si repandu en France , nous garantit V execution immediate d'un grand nombre d'autres catalogues. En resume le Congres des delegues doit declarer que la redaction des catalogues des musees et collections de tout genre est une des choses les plus utiles a entre- prendre ; que cette redaction devrait dans chaque loca- lite etre confiee a la societe locale ou a une commission prise dans son sein et designee par elle ; Qu'a defaut de societes des redacteurs peuvent etre ehoisis dans chaque localite. Qu'enfin des notions d'art et meme des figures, de- vront varier ces catalogues et leur donner le plus d'in- teret possible. M. Thevenot prend ensuite la parole. Ildemande qu'un ou deux exemplaires de chaque catalogue soient deposes a la librairie centrale dont V Instltut des provinces a de- cide la creation a Paris. Cette proposition est adoptee sans objection. M. le comte d'Hericourt demande qu'on reserve dans chaque musee une place quelconque , petite ou grande , pour les ceuvres des artistes de la province elle-meme , tant anciens que contemporains. Cette proposition est egalement adoptee. M. le president annonce qu'il vient d'etre depose sur le bureau, par M. Dupray, un amendement concu en ces lermes : Si les chartes et manuscrits ont ete imprimes, mention sera faite du recueil dans lequel l'impression a en lieu. Cet amendement est adopte sans discussion. Personne ne demandant plus la parole, M. le presi- dent met aux voix Pensemble des conclusions de la commission. Elles sont adoptees a une grande majorite. 3. 58 INST1TUT DES PROVINCES BE FRANCE. M. de Saint-Seine a la parole pour un rapport au nom de la commission d'agriculture sur la vingt et unieme question du programme, concue en ces termes : A quelles etudes les societes d'agriculture doivent- elles s'appliquer leplus immediatement dansleurs de- < partements respectifs ? La connaissance de la statistique agricole etant le u but que l'on se propose par les enqueues, quel seraitle plan a adopter pour la redaction definitive du travail ? fc Les encouragements donnes a l'agriculture remplis- sent-ils completement le but qu'on doit se proposer ? M. le rapporteur donne lecture des conclusions de la commission, dont les termes se retrouveront plus loin a l'occasion du vote sur les articles. M. le rapporteur expose que la commission a pense que si la statistique proprement dite devait etre faite par communes , il convenait de faire la statistique geologique par cantons ou lieux dits. Ces lieux dits ne sont pas des circonscriptions arbitraires. La nature, la forme du sol, etc, en sont les causes. La commission a done juge qu'il fallait que le lieu dit fut V unite de statistique geolo- gique. M. du Chastellier a la parole sur les conclusions du rapport. La conclusion general e du rapport lui parait etre de faire faire des recherches statistiques sur l'agriculture par communes. Le nombre des communes est trop consi- derable pour que cette pensee puisse etre realisee. Le departement de Seine-et-Oise s'est engage dans une en- treprise de ce genre ; or, il n'est parvenu qu'a faire la statistique de deux communes. L'experience apprend d'ailleurs que e'est en recevant CONGRES DES ACADEMIES. 59 des documents de lieux souvent fort eloignes les uns des autres , qu'on arrive a des consequences veritablement instructives. C'est ainsi qu'au Congres deRennes, en septembre dernier , Fingenieur du departement d'llle-et- Vilaine a fait savoir que, charge de recherches geologi- ques sur ce departement et sur un departement voisin, il a ete naturellement entraine a des recherches au dela des limites de ces deux departements ; mais il n'y avait ni automation ni credits. II a done fallu s'arreter, ce qui a essentiellement nui a la valeur du travail. II fauteviter de creer des obstacles de ce genre aux societes d' agri- culture. II serait done plus raisonnable de leur demander des renseignements sur les faits geologiques, agrono- miques J etc. , sous une forme plus generale , en leur laissant toute latitude pour la maniere de recueillir et de grouper ces documents , au lieu de les astreindre a ope- rer par communes. M. de Caumont. Les conclusions sont satisfai- santes ; mais j'aurais voulu qu'on indiquat plus a fond la voie d'etude dans laquelle il faut entrer. J'aurais voulu que l'on indiquat comme objet d'e- tudes et de recherches l'influence geologique par rapport a la production. Ainsi on comparerait dans chaque loca- lite les resultats obtenus et la nature du sol qui les au- raitproduits. v M. le rapporteur. La commission n'a pas pretendu proceder par exclusion ; elle a seulement indique cer- tains points ; elle est disposee a en admettre d' autres. M. de Blois, representant. JJ etude d'une statistique departementale doit se faire sur une large echelle. Elle doit comprendre : 1 La geologie, on le sol ; 60 ixsrmrr des puoyinces or fkance. 2 L'etat atmospherique, ou le climal. Puis, apres ces causes permanentes , on etudierait les circonstances variables et accidentelles qui peuvent de- pendre du fait de l'homme. M. le general Raymond. II faudrait d'abord classer les aphorismes agricoles , et on les laisserait appliquer par les societes. Ce serait plus methodique et plus ra- tionnel. La statistique n'est que secondaire. M. le president. L'Academie de Marseille nous ecrit pour nous faire connaitre qu'elle a choisi pour delegues au Congres, MM. Autran, Mery, Roux, D.-M. Les delegues sont introduits. M. le rapporteur. On n'a peut-etre pas bien eom- pris l'intention de la commission. Nous ne proposons a Fetude des societes que les premieres couches geologiques , pour determiner leur influence sur la production, et cette etude est facile. La comparaison des resultats nous indiquera le mode de culture et d'engrais convenable a telle region , et nous pourrions alors formuler nos aphorismes agricoles , et donner auxcultivateursdes solutions pratiques et faciles. ( Approbation . ) M. duChastellier. M. le rapporteur veut des etudes sur une petite echelle ; il les veut faire par commune. Les agents capables nous manqueront. Danscombien de communes trouverez-vous des homines qui veuillent ou qui puissent faire ces recherches ? M. de Saint-Seine. Je voudrais que M. du Chastel- lier formulat sa proposition. M. du Chastellier veut sup- primer le mot commune et le remplacer par le mot zone. L'assemblee n'apporte pas peut-etre urie attention suffisante a cette distinction. > CONGRfeS DES ACADEMJKS. 61 M. du Chastellier. Pour nous servir ties cartes ca- dastrales, ou pour les reduire, il faudra faire de grands sacrifices d' argent. Les recherches doivent etre faites par les societes d' agriculture et non par les agriculteurs ordinaires. M. de Saint-Seine. C'est une etude plus simple qu'on nele croit. Le premier agriculteur venu pourra nous dire quelle est lanature geologique dela commune. M. de Caumont. Cen'est pas toujours si simple que vous paraissez le croire tant de choses out modifie la nature du sol , et de tant de facons, et quelquefois a des distances si rapprochees que V etude devient parfois fort difficile, et Y appreciation tres-delicate. M. le rapporteur. Si on s'adresse aux communes, quelques-unes vous repondront ; beaucoup ne vous repondront pas. II faut que vous fassiez faire le travail par des hommes speciaux. M. de Saint-Seine. Mais c'est chose facile : je re- viens sur Pidee que j'emettais il y a un instant : vous pouvez faire faire ces etudes a la commune, soit par le maire, soit par l'instituteur. M. Enault. Je crois que 1' honorable membre ilatte un peu MM. les maires et MM. les instituteurs. Nr les uns ne voudront, ni les autres ne pourront se livrer a ces etudes. Les instituteurs s'occupent de tant de choses au- jourd'hui qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper de geo- logic Ce n'est pas la constitution du sol qu'ils etudient, et quant a MM. les maires, ils preferent, pour la plu- part, la routine a la science. Ils creuseront le sillon de demain comme celui d'hier ; il faudra faire le bien des cultivateurs malgre eux , et etudier leur sol sans eux. (Approbation.) 62 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. le president. Je mets aux voix la proposition de ia commission. l er . Une statistique geologique-agricole sera faite par les soins des societcs agricoles. Ce paragraphe est adopte sans discussion. Apres une vive discussion a laquelle prennent part MM. du Chastellier, de Buzonieres, de Tocqueville, de Saint-Seine et Enault, Passemblee adopte, sur la propo- sition de M. Enault, la redaction suivante pour le para- graphe 2. 2. Cette statistique sera faite au moyen de rensei- gnements recueillis dans chaque commune , puises a toutes les sources, et classes par les societes d'agricul- ture. La suite des conclusions ainsi concues est mise aux voix et adoptee. Le Congres demande : <( 4 L' indication pour chaque contree ou lieu dit de la constitution geologique du sol et du sous-sol ; > L'etude des elements qui entrent dans leur composition chimique et physique ; Celle de l'influence de la position topographique et des causes exterieures, permanentes ou frequentes, atmospheriques ou autres, qui peuvent apporter des variations dans les produits de la terre ; 2 L' indication des di verses natures de culture et de leurs produits : lpar contenances generales de ter- rain ; 2 par rapport aux diverses natures de sol de- < terminees conformement au paragraphe precedent; 3 La methode, ou les differentes methodes d'assole- ment usitees dans chaque commune, et leurs resultats comparatifs; CONGRES DES ACADEMIES. 63 < 4 Lesquantites et les diverses especes d'engrais em- ployees et leurs resultats constates par l'experience, par rapport aux natures de sol ; 5 Le mode ou les differents modes de travail appli- ques a chaque culture, et leur influence constatee sur (( les frais et sur le rendement ; 6 Les procedes en usage soit pour amasser, soit pour conserver les produits des recoltes ; La forme et V usage des instruments de culture , et l'effet qu'on en obtient ; 7 Le recensement exact et methodique, et autant que possible le classement par races de tous les ani- maux domestiques ; 8 Enfin tous les faits generaux ou particuliers pro- pres a eclairer la science agricole, et a favoriser les progres. u Tous ces renseignements seront recueillis soit par voie d'enquete, soit par les communications directes des membres des societes ; soit par 1'intermediaire des co- mices agricoles ; soit par tout autre moyen dont les so- it cietes apprecieront Fopportunite. On passe a la question du programme, n vm. M. de Caumont regrette 1' absence de M. Cap, presi- dent de la commission , qui devait examiner cette ques- tion : L'Institut des provinces ayant arrete, 1 qu'une librairie centrale et speciale des societes savantes des departements sera fondee a Paris ou dans une autre ville, pour la plus grande diffusion des ouv rages pu- tt blies par les academies ; 2 que chaque mois , un bul- letin bibliographique des societes savantes sera publie et adresse a toutes les societes savantes de France, quelles seront les depenses que pourra entrainer cette 64 INSTITUT DES PROV1NCIS I)K FRANCE. creation , quels sont les moyens de la bien diriger, quelle part chacune des societes savantes des departe- ments devrait-elle prendre a la depense ? > M. de Caumont s'exprime ainsi : Rien de plus simple que la solution de cette question : tin libraire se chargera volontiers d'etre le depositaire des memoires de toutes les societes savantes, pourvu qu'une legere indemnite annuelle soit votee par chaque societe pour frais d'emmagasinement, et corame il suffira que cinq ou six exemplaires de ces memoires soient a la fois dans la librairie centrale, les frais d'emmagasine- ment peuvent se reduire en moyenne a cinq francs par an nee. u En ajoutant cinq francs par an pour Pimpression du catalogue mensuel, cinq francs pour frais d'expedition par la poste, et cinq francs pour la redaction, nous arri- verons a la somme minime de vingt francs par annee. J'entre maintenant dans quelques explications de de- tail : jenepensepasqu'il faille plus de demi-feuille d'im- pression par mois ou six feuilles par an pour le catalogue livres des imprimes en province : en portant a cinquantc francs par feuille les frais d'impression pour un tirage de six cents exemplaires , et ce prix est un pen haut , il ne faudra que trois cents francs pour Pimpression . Commc nousavons fixe a cinq francs la part contribute ve de chaque societe, exclusivement consacree aux frais d'impression, des que soixante societes auront adhere auprojetetpro- mis leur souscription, le projet pourra etre mis a execu- tion. Je crois qu'il faudra reduire a cinq francs les frais de redaction et d'expedition ; mais j'ai craint de porter trop bas la souscription, et j'ai pense qu'il vaudra mieux la CONGRES DBS ACADEMIES. 6') j ctiuire si la contribution de vingt francs produit un ex- ccdant, que de se trouver au-dessous des previsions. Toutmon calcul est d'ailleurs base sur un nombre pre- sume de souscriptions, et l'on comprend que si l'on trou- vait settlement cent societaires souscripteurs, la depense serait proportionnel lenient moindre et irait en diminuant. Avec deux cents societes on arriverait peut-etre a re- dutre la souscription de chacune a dix francs. On voit combien il est facile d'executer la proposition qui a etc faite il y a deux ans, et qui a de nouveau ete adoptee, a Bourges, apres un lumineux rapport deM. l'abbe Auber (de Poitiers). Telles sont les conclusions de la commission. M. Cap au contraire, ajoute M. de Caumont, pensc qu'un catalogue ne serait pas suffisant. Il voudrait qu'on creat une revue des publications de province , mais cette revue necessiterait une sorame de dix milie francs. M. Cap trouverait facilement cette somme, en faisant payer nne cotisation a cbaque societe savante d'nne ma- niere proportionnelle, un franc par membre, par exem- ple, en sorte qu'une societe composee de quarante mem- bres payerait quarante francs. . M. Lambron de Lignim voudrait de son cote voir fonder a Paris une bibliotheque centrale des publications de province, un salon ou seraient admis les membres des societes savantes des departements , et ou ils pourraient se rencontrer et prendre conn aissance de leurs publica- tions . Je n'ai pas a soutenir le projel; de M. Cap, dit en terminantM.de Caumont. M on plan est moins vaste, ft je crois qu'on peut s'en tenir a la publication d'un simple catalogue. 66 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. Cap etant absent, la discussion sur ce point est renvoyee a la seance suivante. M. de Caumont remonte a la tribune pour apporter les conclusions de la commission chargee d'examiner la question n vn. II s'exprime ainsi qu'il suit : Quel a ete jusqu'ici l'emploi des fonds accordes pour etre distribues en encouragements aux societes savantes des depart ements? quelles precautions a-t-on prises pour obtenir un bon resultat de cet emploi ? que doit- on esperer pour l'avenir ? Ces questions sont evidemment de la competence d'un Congres forme de delegues des societes savantes des de- partements, puisqu'il s'agit de decider si ce qu'on croit faire en leur faveur leur est reellement utile, et si les etudes en retirent quelque fruit* Quant a present, nous dirons avec franchise que cette distribution a ete faite avec une legerete qui accuse l'ignorance la plus complete des aptitudes des societes savantes, de leur regime, de leurs travaux,dece qu'elles ont fait de bon et de ce qu'elles seraient capables de faire. On a pourtant publie dernierement YAnnuaire des Societes savantes , qui renferme la plus belle collec- tion de reglements d' academies que Ton puisse imaginer ; mais a quoi bon cette monotone collection de statuts ? est- ce par son reglement qu'une societe se distingue? est-ce que le reglement n'est pas la chose du monde la plus indifferente? Ce qui a de 1' importance, e'est le travail, e'est la vie intellectuelle, e'est la direction utile donnee aux societes par les hommes qui les dirigent , e'est enfin le resultat de cette direction, la valeur des publications , L> influence morale exercee par les societes. CONGRES DES ACADEMIES. 67 Cetait la, selon nous, une appreciation a faire dans un annuaire des societes savantes, et surtout dans la distribution des trente-cinq mille francs affectes a Y en- couragement des societes des departements : c'est preci- sement ce qu'on n'a pas fait. La distribution des fonds d' encouragement a eu lieu au hasard, sans examen prealable des faits, sans rapport aucun sur l'etat compare des travaux academiques dans les departements. Aussin'a-t-elle rien produit. La trop grande division des allocations a ete encore une des causes de leur inutilite : que peut-on faire avec cent francs, avec deux cents francs, sinon, comme plu- sieurs academies, employer ces deniers a payer l'eclai- rage et le chauffage ? Ce n'etait pas evidemment pour les mettre en mesure de faire de semblables economies que la Chambre a porte au budget une somme bien minime, il est vrai, de cinqnante mille francs , qui a ete cette annee reduite a trente-cinq mille francs. C'etait pour encourager les travaux academiques les plus remarqua- bles, ce sont les academies qui doivent en profiter. Nous avonsdit en quelques mots ce que nous pensions, nous l'avons dit franchement, parce qu'il s'agit d'utiliser les miettes qu'on laisse tomber de la table splendidement servie des institutions parisiennes ; nous avons le droit de demander qu'au moins ces parcelles ne soient pas jetees au vent, et qu'elles servent a quelque chose : si les trente-cinq mille francs continuaient a etre systemati- quement perdus , il vaudrait mieux ne rien porter au budget en attendant une meilleure administration. On peut done emettre le vceu lQue par la suite la dis- tribution des fonds d' encouragement ne soit faite qu'apres un rapport circonstancie ou sur la proposition d'une 68 INSTITUT DES PROVINCES I>E FRANCE. commission composeede membres de diverses academies departemen tales ; 2 Que des fonds soient alloues aux so- cietes savantes qui auront des travail x important* apublier. M. le marquis de Saint-Seine preseute quelques ob- servations. M. le president donne une secondc lecture des con- clusions de la commission. La premiere partie des con- clusions est adoptee. Differents amendements sont proposes sur la secondc partie des conclusions. , M. le baron de Tocqueville produit celui-ci : Les encouragements ne seront accordes aux societes savantes qu'a la charge par elles de justifier de leur emploi. Celles deces societes qui neferont pas cette justification . n'auront droit lannee suivante a aucune allocation. M. d'Estourbet appuie l'amendement de II. de Toc- queville, qui est adopte. If. de Caumont annonce pour demain une discussion tres-importante , M. Cordier, representant du peuple et president de la section d' agriculture, ay ant annoncr pour le commencement de la prochaine seance le rap- port de cette section. M. Monnier, rapporteur de la section d'agriculture, annonce de son cote un rapport sur la dix-septieme question du programme, et un autre rapport sur les questions xyiii et \ix. M. de Caumont amene la discussion sur la dixieme question, concue en ces termes : Comment doit-on envisager les recherches a (aire < sur la geographie du moyen age, sur l'histoire des ab- baves et des chateaux ? CONG HE* MS VCADKMIES. 69 Voila certainement, dit-il, une des questions les plus utiles a traiter au point de vue des etudes auxquelles peu- vent se livrer les societes de province ; car il n'y a guere qu'en province qu'on puisse faire quelque chose de bon sur la geographie ; il faut absolument connaitre a fond le pays pour etudier les faits qui se rattachent a l'histoire de localites, sou vent a peine connues, et qui pourtant ont eu au moyen age une importance assez grande. Disons-le tout d'abord ; on a ebauche la geographie galio-romaine de la France , la geographie du moyen age est encore a faire. Voici comment nous proposons d'operer pour combler cettelacune qui est considerable. Nous voudrions etablir, comme base du travail dans chaque circonscription deux cartes geographiques , l'une consacree a la geographie religieuse , la seconde a la geo- graphie feodale. Sur l'une on indiquerait les paroisses qui existaient au kiy* siecle , avec leurs noms latins ; et , par des signes faciles a saisir on differencierait toutes les paroisses de- pendant d'une abbaye de celles qui dependaient d'une autre communaute religieuse. Les paroisses dont le patronage etait laique, et celles dont les cures etaient a la nomination de l'eveque , au- raient aussi leurs signes distinctifs, de sorte qu'au premier coup d'ceil on put saisir et la disposition geographique des paroisses et la geographie des patro- nages. Sur la seconde carte on indiquerait touslesbourgs, les forteresses, chateaux forts, etc. , etc. , existants au xiv e sie- cle, et leur importance relative, puis au moyen de signes conyentionnels tous les fiefs dependant d'un meme do- niaine, d'un meme chateau, recevraient des signes iden- 70 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. tiques qui permettraient de les y rattacher comme on l'aurait fait sur 1'autre carte pour les eglises dependant d'une meme abbaye. Ces deux cartes une fois dressees serviraient de con- ducteurs pour toutes les recherches et pour la classifica- tion des documents historiques. Ainsi dans les recueils de cbartes on suivrait l'ordre geographique et non l'ordre cbronologique, comme on le fait souvent , on ferait un cartularlum geographlcum 3 sivcmilitare, sive eccleslastlcum. Ce systeme est simple et donne le moyen de ranger sans la moindre difficulte dans la case qui leur convien- dra, toutes les pieces, tous les faits utiles a recueillir pour l'bistoire locale. La carte monumentale indiquant par des signes Page des edifices, soit d'apres le systeme de notation figura- tive que j'ai adopte, soit d'apres tout autre systeme, pourrait ensuite etre ajoutee aux deux precedentes; peut- etre dans certains cas, pourrait-elle se combiner avec elles. La statistique monumentale serait d'ailleurs un travail a faire dans cbaque circonscription, et formerait le com- plement de la geograpbie ancienne du pays. Pour me resumer : " La geograpbie du moyen age se compose de trois series de faits : Les faits qui se rattachent a la geograpbie et a la bie- rarcbie des etablissements religieux (monasticum , cartu- larlum ecclesiasticum) ; Les faits qui se rattacbent a Fbisioire feodale du pays {cartularlum wilitare et castellarium); CONGRlS DES ACADEMIES. 71 Les faits qui se rattachent a la distribution et la clas- sification chronologique des monuments anciens de tout genre {statistique monumentale). Les trois cartes que je demande seront, d'unepart, le fil conclucteur qui dirigera dans les recherches ; de l'autre elles formeront le tableau d'assemblage, le tableau mne- motechnique des faits relatifs a l'histoire militaire, ecele- siastique et civile de chaque region. \\ Quant aux cartulaires religieux, civils et militaires, les pieces devront etre commentees ; l'application des noms latins aux localites devra etre, s'il y a lieu, justifiee : il n'est nullement necessaire d'entrer, a ce sujet, dans des details avec lesquels sont familiarises tous les hommes qui s'occupent de recherches historiques. Voila comment je comprends l'etude de la geogra- phic du moyen age et de l'histoire locale. M. Le Glay est invite par M. de Caumont a indiquer ses \ues sur la marche a suivre en cette matiere. M. Le Glay indique les ouvrages que possede deja la province qu'il habite sur la geographie du moyen Age, par exemple le Belgium /vmanum, ceuvre du jesuite Gilles Boucher, et la Description de la Gaule Belgique du P. Charles Wastelain. Mais pour le moyen age, Hen n'a ete fait encore'. Les noms de lieux sont presque inintelligibles. II faudrait des glossaires topographiques pour chaque province. Un bel et noble exemple a deja ete donne pour le depar- tement de 1'Eure par M. Auguste Leprevost, membre de 1'Institut de France, et pour le diocese du Mans par M. Cauvin, de 1'Institut des provinces. Mais ces glos- saires ne peuvent etre l'oeuvre d'un jour : un seul nom mal interprete pent en trainer de graves erreurs ; il faut 72 INSTITCT DES PROVINCES Dl FRANCE. done consacrer de longues annees a ces travaux de pa- tiente erudition. M. Raymond Bordeaux, secretaire adjoint, lit, en P ab- sence de M. de Beaurepaire, de PEcoledes chartes, P opi- nion de cet archeologue, qui n'a pu se rendre a la seance. Lorsqu'unefouled'ecritsanalytiques, dit M. de Beau- repaire, se sont produits dans une science quelconque, lorsque les differents aspects sous lesquels on peut Pen- visager ont etc pour la plupart l'objet d'etudes speciales et approfondies, il arrive an instant ou Pon desire gene- raliser les resultats obtenus et passer de la vue des details a la vue de l'ensemble. C'est le moment de la syntbese. Grace aux travaux des savants qui se sont groupes au- tour dePlnstitut des provinces, ce moment est arrive pour Farcbeologie. D'autres diront ce qui a ete fait en ce sens par le* Congres scientifiques ; pour nous , laissant de cote cette analyse retrospective, nous nous contenterons d'indiquer en quelques lignes les principaux aspects de la science archeologique. Cet ideal, rapproche de la realite, mon- trera clairement ce qivil y a encore d'insuffisant dans les efforts que Ton a tentes et dans les resultats qui en ont ete la suite. Nous ecarterons tout d'abord les societes grecque, romaine et gauloise, pour nous ren- fermer exclusivement dans la vieille societe francaise. Nous ne nions ni Pimportance ni le merite des autres branches de Parcheologie ; mais nous croyons que le moyen age se rattachant aux societes modernes par des liens plus etroits, merite, en yertu de cette connexion meme, une attention particuliere. D'ailleurs, les consi- derations que nous allons rapidement presenter s'appli- quent, sanf quelques modifications, a Parcheologie grec- CONGRES DES ACADEMIES. 73 que, romaine et gauloise aussi bien qu'a l'archeologie chretienne feodale. Pour etudier ces manifestations de la vie intellectuelle et religieuse , nous croyons qu'il faut d'abord etudier province par province ; line etude generale de toute la France ne peutdonner que des resultats vagues, inexacts ou completement faux. La France n'etait pas en effet la reunion d' unites factices comme nos departements ac- tuels ; elle embrassait dans son sein des unites distinctes et profondement originales, qui vivaient jusqu'a un cer- tain point d'une vie propre , et qui presentaient a cote de certains caracteres analogues , des differences nom- breuses et prononcees. L' etude de la province ne saurait done etre trop vivement recommandee. En archeologie comme en histoire, e'est par ces etudes partielles qu'on arrivera a obtenir des resultats generaux d'une valeur incontestable. Mais la province elle-meme embrasse un ensemble tellement considerable d'aspects , d'hommes et de monuments , que , pour servir de fil conducteur dans cette etude synthetique, il ne sera peut-etre pas inutile de reproduire, en le completant, le systeme de VArcheo- logical Review. Malgreses imperfections, il pourra servir, ce nous semble, a donner une idee dubut vers lequel doi- vent converger aujourd'hui les travaux des archeologues. Si Ton met de cote la royaute , trois pouvoirs paral- leles dominaient en France pendant le moyen age : la grande propriete, l'Eglise et les municipalites. De cette division tres-partielle des pouvoirs resulte la necessite de travailler pour chaque province a la confection d'un Ecclesiasticon , d'un Castellarium et d'un Municipals \] Ecclesiasticon embrasserait tout ce qui se rapporte au pouvoir ecclesiastique et comprendrait deux grandes 74 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, divisions : Ecclesiasticon seculare et Monasticon. Sous ces deux titres on devrait ranger tous les monuments d'ar- ehitecture religieuse, seculiere ou reguliere, eglises pa- roissiales , granges dimales , palais episcopaux, cathe- drales, prieures et abbayes..,. Le Castellarium embrasserait Parcheologie feodale aristocratique militaire. Le Municipale, Parcheologie civile municipal e. A cote de ces trois grandes divisions, il con- vient d'en ajouter unequatrieme,le Mansionarium^ com- prenant les creations libres de l'esprit individuel, les ha- bitations privees, ces ceuvres dans lesquelles la fantaisie deploie ordinairement ses plus capricieuses inspirations. Voila, au point de vue des monuments, les principales divisions du travail a executer pour chaque province. > oisson, notamment des ceufs de saumon. CONGRES DES ACADEMIES. 123 Ces faits etaient generalementoublies, si ce n'estde quelques zoologistes de profession, lorsque j'ai cru pou- voir rappeler sur eux P attention publique, et indiquer quelques-unes des consequences utiles qu'on pouvait en tirer. L'industrie des etangs et viviers, beaucoup trop negligee en France, tirerait certainement un grand pro- fit de Papplication rationnelle de ce procede, et j'ai mon- tre entre autres comment il serait possible d'elever ainsi des saumons sur des points assez eloignes des fleuves que remontent annuellement oes animaux ; comment on pour- rait rendre annuel de triennal qu'il est, le revenu des etangs.... Je serais bien heureux devoir quelques socie- tes de province entreprendre dans cette direction des ex- periences. II m'est d'autantplus permisde croire au suc- ces,quedeja quelques particuliers onttente des essais, et ont parfaitement reussi. Vous savez tous, d'ailleurs, que dans les Vosges, deux simples pecheurs, retrouvant par eux-memes, a force de patience et d' observation, la voie parcourue a leur insu par les Spallanzani et les Golstein, en sont venus a se creer une veritable industrie en fecon- dant artificiellement des ceufs de truite, et en repeuplant ainsi des ruisseauxd'otiavait disparu ce poisson. Certes, 1'Academie de Nancy a fait un noble usage de ses fonds d'encouragement quand elle a donne une recompense a ces physiologistes sans le savoir: La repopulation des cours d'eau est d'une grande importance economique. Creer des aliments de nature animale est toujours le plus grand probleme de P agricul- ture, et Pel eve du poisson le resout a peu pres sans rien couter. La d'ailleurs les choses se passent tout comme sur terre. Le monde aquatique obeit aux memes lois que le monde aerien. Des poissons herbivores, des carpes, par 124 INSTITUT DES PKOVINCKS DE FRANCE. exemple, broutent l'herbe, et transformed en chair les principes fournis par le regne vegetal. A leur tour, ces herbivores sont manges par les carnivores, et comme ces derniers sont generalement plus estimes , il s'ensuit que c'est a les produire que devra s'attacher l'eleveur de poisson. Obtenir en grand nombre des carpes ou d'autres cyprins qui se nourriront tout seuls , et serviront ensuite de nourriture aux truites ou aux brochets, par exemple, telle est la marche a suivre dans l'exploitation de cette industrie. <( Les fecondations artificiellespermettent de semer du poisson comme on seme du grain. On peut de meme choi- sir les especes, et, comme dans les semailles terrestres, on n'est limite, quant a la quantite, que par l'etendue meme du champ. Ces fecondations ont le tres-grand avantage de soustraire le frai aux chances nombreuses de destruction que I'industrie multiplie chaque jour, et par exemple elles permettent de repeupler les rivieres que les bateaux a vapeur semblent avoir le plus devas- tees. En effet, le pouvoir destructeur de ces machines ne tient pas a ce que leur passage effraye le poisson, comme on le croit assez generalement, mais bien a ce qu'il de- truit le frai. Vous savez que le sill age d'un de ces ba- teaux est toujours accompagne d'une ou deux de ces ondesque les hydrauliciens appellent des ondes solitaires . Ces ondes, par la nature meme de leur mouvement, ra- clent pour ainsi dire les corps submerges, et ce sont elles qui font subir aux berges des erosions parfois tres- rapides. Le frai de poisson , d' ordinaire depose sur le bord, est enleve, roule, broye ou jete ait sec par ce flot qui passe et repasse. De la cette diminution si prompte, cette disparition pres(juc totale du poisson dans les ri- COiNGRES DES ACADEMIES. 125 vieres sillonnees par les bateaux a vapeur. Eh bien! I'aites recueillir ce frai, ou mieux, faites jeter des ceufs cle poisson bien murs dans quelque reserve, dans quel- que petit affluent, fecondez-les artificiellement : ils se developperont paisiblementdans cette espece de couvoir, et si vous operez sur une echelle suffisante, vos fleuves, aujourd'hui presque deserts, auront bientot retrouve leurs anciens habitants. Les fecondations artificielles , j'en ai l'intime con- viction , s'appliqueront un jour non-seulement aux ruisseaux et aux fleuves, mais a la mer elle-meme ; non- seulement aux poissons, mais encore a tous les animaux utiles a l'homme et qui se propagent par fecondation exterieure. Des a present, je signalerai aux savants assez heureux pour vivre sur le bord de la mer, l'eleve ar- tificielle des huitres comme devant tot ou tard etre ap- pliquce en grand. Ici on pourra meme se passer du pro- ccde dont je parle. II suffira de transporter la ou 1'on voudra creer un pare artificiel , des huitres appelees laiteuses. Cette laite des huitres, d'apres des recherches recentes 1 , n'est autre chose qu'un amas d' ceufs , ou de larves. Placez cette famille, dont les individus se comptent par milliers, dans des conditions favorables, et a coup sur vous aurez bientot sur vos tables des huitres elevees en domesticite. La ne se borneront pas sans doute les services que rendra la creation marine, lorsque, non content de re- colter dans l'Ocean , on le cultlvera, s'il est permis de parler ainsi. II y a la une mine qui sera tot ou tard ' MM. Raver et Valenciennes qui se sont livres a cetle etude out bien voulu e comtnuniquer et me mettre a meme tie revoir toutes leurs observations. 126 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. exploitee. La mer fournira un jour a 1' agriculture les engrais dont elle manque. Deja , lors des grandes ma- rees, j'ai vu les paysans de Normandie venir ramasser a Saint-Vaast des charretees entieres d'asteries. Mais pourquoi se borner a recueillir ce que le hasard met ainsi a decouvert une seule fois par an ? pourquoi ne pas tenter d'elever ces animaux qui doivent donner un excellent fumier, ou mieux pourquoi ne pas tenter de favoriser leur multiplication, dans des lieux ou on put les prendre au fur et a mesure des besoins ? Ici peut-etre les fecondations artificielles seront aussi appelees a jouer un role actif , car je me suis assure que chez les asteries comme chez les oursins les sexes etaient separes et que la fecondation etait tout exterieure, et pour ainsi dire accidentelle. Mais, vous le voyez, messieurs, toutes ces questions, presque inabordables pour les savants de la capitale, ne peuvent etre traitees que par des hommes qui passent leur vie sur les lieux memes ou il faut ob- server et experimenter. Je ne puis quitter ce sujet sans appeler votre at- tention sur un autre fait relatif a une masse considerable d'engrais qui se perd chaque annee dans quelques-unes de nos villes mari times. Je veux parler des debris des liar en gs que Ton caque ou que Ton saurit. Ces debris, presque partout jetes comme inutiles, pourraient donner lieu a une double industrie. Bouillis suffisamment et avec les precautions convenables, ils fourniraient une huile qui peut dans bien des cas remplacer l'huile de baleine. Les residus de cette operation seraient* pour l'agricul- teur , surtout pour celui qui cherche a produire des ce- reales , un engrais des plus precieux , car ils renferment outre les matieres animales ordinaires une grande quan- CONGRES DES ACADEMIES. 127 the de phosphate de chaux. En Suede, ou a une certaine epoque on fabriquait en quantites enormes cette huile de hareng, les detritus, connus sous le nom de trangrum, etaient regardes comme le meilleur de tous les fumiers. Mais faute de pouvoir employer en entier les masses que produisaient chaque annee les nombreuses brilleries eta- blies sur la cote, on les jetait a la mer ou on les enfouis- sait dans le sol. Aujourd'hui que la valeur des engrais est mieux connue , aujourd'hui que des flottes entieres vont jusqu'en Amerique chercher le guano , on se garderait bien de laisser perdre ainsi cette matiere. Favoriser le developpement de la fabrication des huiles de hareng serait done rendre au pays un double service. D'une part on l'affranchirait peut-etre completement du tribut qu'il paye a l'etranger pour cette huile et pour 1' huile de baleine , et d'autre part on donnerait a l'agriculture un engrais nouveau , preferable peut-etre meme au guano, qui d'ailleurs sera bientot epuise. INST1TUT MS PROVINCES DE FRANCE. tives : observer ce principe, c'est comprendre le veri- table progres, c'est demander la vie a bon marche tout en enrichissant Pagriculture ; c'est done elever le niveau social dans Pinteret du plus grand nombre ; et si nous ne voulons pas abaisser ce niveau, ne demandons ja- mais le bas prix des denrees alimentaires quand ce bas prix serait ruineux pour Pagriculture, qui doit etre toujours consideree comme le thermometre de Paisance publique. L'assemblee applaudit celte improvisation dont nous ne reproduisons a regret que quelques points princi- paux. M. Monnier pense que, pour trailer Pimportante ques- tion de Pamelioration des races d'animaux domestiques d'une maniere convenable, il faudrait examiner la ques- tion ail point de vue de chaque contree. Cependant il ne faudrait pas, pour les ameliorations a tenter, puiser des principes trop absolus et qui tendraient a ecarter les croisements etrangers. Les paturages et les ressources du pays doivent surtout etre consultes, et ce principe s'applique au Durham comme a toutes les autres races qui ne doivent pas etre exclues systemati- quement. M. Durand replique et di( : Les societes agricoles doivent attendre de Pamclio- ration des races indigenes les meilleurs resultats , sans cependant rejeter d'une maniere systematique et absolue, soit Pintroduction d'especes ameliorees, soit les croise- ments par ces especes. M. Mercier pense que le preopinant a exagere les in- convenients de la race Durham , comme les inspecteurs d'agriculture eux-memes en ont exagere les avantages. CONGRES DES ACADEMIES. 147 J'ai obtenu des croisements dont je n'ai pas a me plaindre, dit-il , et je pense qu'il faut attendre, pour se prononcer, une plus longue experience. M. Mercier se livre a de courtes considerations sur les conditions dans lesquelles se trouvent les races que Ton depayse sans des precautions extremes. M. Enault pense que, dans des vues d' amelioration et de croisement, il ne faut jamais oublier les exigences du sol et les ressources locales qu'il peut offrir. Ses con- clusions sont que le Congres doit s'opposer a des croise- ments imprudents. M. Martegoute s' oppose a ce que Pon adopte les con- clusions du preopinant (M. Enault). II veut que Ton n'adopte pas de systeme exclusif. Dans le sud , dans Pouest , le boeuf est aussi uri animal de travail, ne Poubliez pas. L'orateur croit, du reste, que la question est fort complexe. Le meilleur moyen d'avoir de belles races, c'est d'avoir une bonne alimentation pour les soutenir, et malheureusement c'est ce qui manque fort souvent. Du reste, Porateur veut que la solution soit renvoyee' a Pannee prochaine. L'ajournement est adopte. M. le president donne la parole a M. de Kergorlay. M. Louis de Kergorlay a la parole pour lire un Me- moire sur la question suivante, qui fait partie du pro- gramme supplementaire : Quels seraient les moyens de faire produire a la loi sur la liberte d'enseignement , soumise en ce moment aux deliberations de PAssemblee nationale, les fruits les plus feconds et les plus salutaires ? 148 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. La loi sur Pinstruction primaire et secondaire acheve, en ce moment, d'etre votee par PAssemblee nationale ; c'est la premiere fois que le principe de la liberte d'en- seignement recoitune consecration pratique. M. de Ker- gorlay pense que le plus grand nombre des partisans de la liberte d'enseignement considerent le vote de la loi comme le point essentiel ; il croit au contraire que c'est seulement aujourd'hui que les vraies difficultes commen- cent. Ces difficultes se trouveront dans les moeurs, les prejuges, les defiances de la nation. Le but essentiel des partisans de la liberte d'ensei- gnement est de faire, plus que par le passe, de Peduca- tion religieuse, et notamment de Peducation par des re- ligieux. Ce que craignent le plus leurs adversaires, c'est de voir les congregations religieuses exercer de nouveau une influence reelle sur notre etat social et sur la marche du monde politique. L'orateur pense que pour dissiper ces craintes, il faut fonder nos moeurs politiques sur une base tellement im- muable et solide , qu'il ne puisse entrer un seul instant dans P esprit de qui que ce soit de considerer P influence du cloitre comme dangereuse pour nos liberies . On ob- tiendra ce but , en faisant acquerir aux populations la maturite et Pexperience dont elles manquent; or, elles acquerront ces qualites , si on les familiarise avec le maniement journalier de leurs propres affaires. II faut done developper les libertes locales. S'il fallait en appeler au temoignage de Phistoire, ou a-t-on jamais vu une liberte d'enseignement pratique et serieuse babiler cote a cote avec la centralisation admi- nistrative ? L'orateur ajoute qu'il sait que la liberte d'enseigne- CONGRES DES ACADEMIES. 149 ment inspire aussi des craintes d'une nature tout oppo- see ; on se preoccupe de toutes les doctrines immorales et subversives que des instituteurs impies et socialistes pourront enseigner a la jeunesse. Mais il semble encore que le principal moyen d'eviter ce peril se trouve dans ces memes institutions d'administration libre , ou le citoyen apprendrait insensiblement a se diriger lui- meme. Puisque Ton charge les hommes de faire eux- memes un choix pour Peducation de leurs enfants, il fant s'appliquer immediatement a les en rendre capa- bles, en faisant leur propre education. On ne saurait nier qu'on ne connaisse certains peuples oil la liberie d'en- seignement produise en abondance d'heureux fruits ; mais il se trouve que ces memes peuples sont precisement ceux ou les mceurs municipales et provinciates sont le plus developpees. Acceptons l'enseignement que nous donnent ces faits. On a dit , avec beaucoup de raison , que le principal merite de la nouvelle loisur l'enseignement, c'etaitd'al- ler chercher des juges aux instituteurs de la jeunesse au sein meme del'opinion publique, et de faire ainsi de l'en- seignement un reflet fidele de l'etat moral du pays. C'est par la que son auteur primitif , M. de Falloux, revelant toute la profondeur de son sens politique, s'est le mieux mis au-dessus des tacticiens vulgaires, qui ne croient ja- mais avoir mieux servi leur propre parti que quand ils lui ont procure de fugitifs avantages qui depassent la dis- position reelle des esprits. Mais si tel est le cachet dis- tinctif de cette loi , nous ne devons pas hesiter a recon- naitre qu'aucune autre ne reclame plus imperieusement une predisposition favorable de l'esprit public. Cette loi aura de bons ou de mauvais effets 7 selon que l'on mar- 150 INSTTTUT I)ES PROVINCES DE FRANCE. libera dans la voie de la liberte locale on de la centra- lisation administrative. L'orateur exhorte les membres dn Congres a unir leurs efforts pour preparer 1'esprit public dans le sens de la decentralisation administrative , ce qui contribuerait puis- samment a reveiller Pardeur et a fixer l'incertitude de nos legislateurs en cette matiere. On se donnera ainsi autant de chances que possible pour voir la loi organique sur T administration interieure fonder unsysteme serieux de libertes locales. Si ce resultat est obtenu, on aura fait ce qu'il y a de plus opportun pour faire que la recente loi sur l'enseignement produise de salutaires effets. L'orateur, en terminant , propose au Congres d'a* dopter par un vote les conclusions suivantes : 1 Exprimer le voeu que tous les partisans de la li- berte d'enseignement, et merae toutes les personnes qui craignent de voir la legislation nouvelle sur la matiere produire de funestes effets , s'enrolent avec ardeur et d'une maniere toute pratique sous la banniere de la de- centralisation administrative. u 2 Exhorter en particulier les membres des societes savantes a se mettre a la tete de ce mouvement et a exercer une action de propagande et une agitation paci- fique en ce sens. 3 Les exhorter egalement h entrer dans les conseils electifs locaux, et a y ranimer autant que possible la vie municipale et departementale. > (Applaudissemcnts .) On reclame 1'impression du travail de M. de Rer- gorlay. M. de Busonniere demande qu'une commission soit chargee de faire un rapport sur ce travail. {Appuye.) On vote sur la proposition. CONGRES DES ACADEMIES. 151 La commission sera composee de MM de Cussy, pre- sident, Richelet, Bordeaux, de Glanville, de Merode, de Morissure. M. de Busonniere a la parole pour un rapport sur la deuxieme question du programme. Voici quelques fragments de ce rapport : Je voudrais reunir dans la constitution des associations regionales les avantages des Congres et de Tlnstitut des provinces. J'emprunterais a 1'Institut la permanence des listes de ses membres, aux Congres la periodicite annuelle de leurs sessions , et leur translation successive dans les chefs-lieux de chacun des departements composant la re- gion ; et je nommerais 1 'institution : Association perma- nente du Congres regional de Permanence des listes, periodicite annuelle des ses- sions, translation des sessions, sont les trois bases fonda- mentales de mon projet. Passons-les successivement en revue. Sans la permanence des listes , point d' esprit de corps, point de suite dans les travaux, point d'avenir as- sure. Periodicite annuelle des sessions. * Aux personnes qui pourraient desirer des reunions plus frequentes, je repondrai que leur rarete meme ajoutera a leur sol en- nite ; que les deplacements qu'elles necessiteronl les ren- draient moins nombreuses , si elles etaient plus multi^ pliees. D'ailleurs les associations regionales doivent , par leur institution meme , differer essentiellement des societes sav antes deja constituees dans la plupart des departements. A chacun ses droits, son travail, son me- rite : n'allons pas sur les brisees des Academies depar- tementales. 152 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. * Translation du lieu des sessions. Cette condition me semble essentielle pour eviter toute rivalite entre les departements qui composeront la region. D'ailleurs, le departement dans lequel se tiendra la session recevra surtout 1' impulsion et la vie. II faut que cette vie cir- cule, tour a tour, dans tous les chefs-lieux , et si les sa- vants hesitent encore a aller chercher la science, la science ne doit pas hesiter a aller chercher les savants. m Les dispositions secondaires doivent etre laissees a Y appreciation des organisateurs dans chaque localite. Veuillez cependant me permettre quelques observations a cet egard. Le bureau doit etre permanent , non-seulement par une consequence necessaire de la permanence des listes ; mais aussi parce que, dans Pintervalle des sessions et pour leur organisation meme, il est necessaire que 1'as- sociation soit representee. L'inscription sur laliste permanente, tout en exigeant certaines formalites, n'imposerait que des conditions fa- ciles a remplir ; car nous devons tendre surtout a faire aimer, a repandre la science, et nous savons tous quelle animation, quel interet donne au Congres le nombre des assistants; il me semble meme que , pour ennoblir cette tendance que Ton pourrait appeler curiosite , mais que j'honorerai du nom de desir de s'instruire , on devrait, a l'ouverture de chaque session , admettre temporaire- ment, sous lenom d'agreges, toutes les personnes hono- rables qui desireraient y assister. Le nombre des departements composant la region devra etre assez considerable pour que l'association puisse donner a ses travaux une veritable importance , et ce- pendant la circonscription , assez restreinte pour ne ne- CONGRES DES ACADEMIES. 153 cessiter que des voyages faciles, peu dispendieux : il me semble que cinq et dix sont les deux limites extremes* a cet egard. Ce systeme d' organisation est sur le point d'etre mis a execution. Je dois presenter des demain, a Orleans, a la discussion des delegues organisateurs pour les depar- tements du Loiret, de l'Allier, dela Nievre, du Cher,de 1'Indre et de Loir-et-Cher, le projet des statuts de Passo- ciation permanente des Congres regionaux du centre, et tout me fait esperer que notre premiere session se tiendra au cours de cette annee. II ne me reste done plus qu'un voeu a faire, e'est de voir toutes les provinces de France s' organiser egale- ment, et, ce voeu, je propose au Congres de le formuler en ces termes : Le Congres engage tous les savants de France a con- stituer des associations regionales de Congres ayant pour bases l'mscription permanente des membres, la periodi- cite annuelle des sessions et leur translation successive dans le chef-lieu de chaque departement de la region. M. Enault fait une observation a laquelle M. de Buson- niere repond quelques mots pour developper son rapport* M. Dupray-la-Maherie. Les membres des societes savantes qui assisteraient a I' association puiseraient-ils leur titre de delegues dans leur qualite de membres, ou seraient-ils nommes a 1' election par les societes dont ils font partie ? M. de Busonniere repond que son projet, limite dans des bornes etroites , n'a pu prevoir toutes les questions . Ce sont la des points de detail qu'on aurait a examiner plus tard. M. de Caumont monte a la tribune et signale quelques 7. 154 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. laeunes dans l'organisation des associations deja fondees. V Association du nord est restee a 1'etat de congres , c'est-a-dire sans liste permanente ; c'est une masse flot- tante tantot de deux cents membres, tantot de cinq cents, C'est un grave defout. U Association bretonne a beaucoup a faire sous le rap- port de la permanence. Pour avoir des listes permanen- tes, il faut des publications, il faut que les membres payent une cotisation ; mais pour cela il est necessaire de leur donner quelque chose en retour. Ce qu'on peutleur donner, c'est un livre; le livre le plus convenable, c'est un Annuaire plein de faits instructifs sur le pays ou il est publie. Seulement la redaction et la composition de cet Annuaire meritent une grave attention. v Quant au choix des chefs-lieux de departements pour le lieu des seances , il y a une observation a faire. Les localites d'un ordre secondaire ont souvent phis d'importance que des villes tres-populeuses. A Pont- l'Eveque, Pannee derniere, l'Association normande a provoque par son Congres une affluence immense, quoi- que la ville fut tres-petite ; tandis qu'a Rouen , a une reunion semblable, il y avait seulement deux cents mem- bres, et a Dieppe deux cent cinquante au moins. La parole est a M. le baron Mercier, qui a a faire un rapport au nom de la commission de 1' Industrie et du commerce sur la revision des tarifs d'irnportation. M. Monnier s' oppose aux conclusions du rapport dont les termes lui paraissent trop vagues. Quels tarifs veut- on reviser ? M. Mercier vient soutenir les conclusions attaqtiees. On n'a demande la revision que de certains tarifs. M. Monnier s' oppose a la revision, meme d'un seul des CONGRES DES ACADEMIES. 155 tarifs. Le Congres a deja pris une determination contraire : fl ne peut pas se dejuger. M. le general Raymond dit de sa place quelques pa- roies qui ne parviennent pas jusqu'au bureau. M. de Caumont fait remarquer que la question n'est pas entierement dans les attributions du Congres. M. le ba- ron Mercier fait d'ailleurs par tie du conseil general du commerce qui serait peut-etre plus utilement saisi. (Aux voix /) M. le baron Mercier croit tres-dangereux le vote d'une seance precedente. II regrette que le Congres se soit en- gage a la legere dans une question aussi grave , aussi compliquee , et dont aujourd'hui il veut degager son pro- gramme, mais trop tard. (Aux voix I) L'assemblee passe aux voix , et la proposition est re- jetee. M. Millet-Saint-Pierre a la parole pour un rapport au nom de la commission de Pindustrie et du commerce. Les conclusions du rapport paraissant excellentes et tres-dignes de l'attention du Congres , la discussion en est renvoyee a demain a cause de l'heure avancee. M. Jobartde Bruxelles fait hommage au Congres d'un exemplaire d'une petition des inventeurs, litterateurs, peintres, musiciens, artistes industriels et commercants, a MM. les membres de la Chambre des representants, pour obtenir la reconnaissance integrale de la propriete intellectuelle. Les ouvrages suivants sont egalement offerts et depo- ses sur le bureau par leurs auteurs : Statistique monumentale de V arroTidissement de Falaise, par M. de Caumont. Des Arts limitation et de leur emploi dans Vinteret 156 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. social, par M. J. N. Bidaut, membre de la Societe libre des beaux-arts. La seance est levee a quatre heures. M. le president lit les articles des conclusions , afin de bien fixer Pobjet de la discussion a la prochaine seanie. Suite de la liste des delegiies, MM. Le marquis de Vibraye, de l'Institut des provinces. Letot, membre de plusieurs societes savantes, (ielegue de V Association normande. Varin, de Roches (Haute-Marne). De La Chauviniere. Balthazar de Madec , inspecteur de 1' Association bre- tonne. CONGRES DES \CADEMIES. 157 SEANCE DU 16 MARS 1850. Le fauteuil est occupe par M. le vicomte de Cussy. Sont presents au bureau: MM. de Caumont,d'Estourbet, president de la societe de Dijon, du Chastellier, de Ker- gorlay, Bordeaux, Enault. Le proces-verbal de la seance precedente n'etant pas termine, sera lu-un peu plus tard. L'ordre du jour amene la discussion des conclusions de la commission chargee d'un nouveau rapport sur 1'ecole de Versailles. M. Monnier, rapporteur de la commission, depose les conclusions suivantes : La commission apensequ'il convenait de distinguer la science theorique de la pratique agricole. La science theorique de l'agriculture peut-etre ap- pelee a rendre des services au pays par la solution de grands probl ernes scientiques. Mais la commission n'he- site pas a declarer qu'en ce qui concerne la pratique agri- cole de Flnstitut de Versailles, l'Etat ne doit trouver dans cet ess?i que la plus am ere deception." Un des membres de la commission a combattu cette epithete, la plus amere deception. M. de La Chauviniere lit a la tribune des observations sur l'enseignement agricole. Suivant lui , le mot deception s'il etait employe seul ne ferait pas connaitre suffisamment la desapproba- tion severe que certains actes de V administration , rela- tifs a Plnstitutde Versailles, ont rencontree au sein de la commission; 158 TNSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Depuis la revolution de fevrier, le ministere de l'agri- culture a ete renouvele sept. fois. Aussi l'organisation de l'enseignementn'apresenteni unite dans les vues, ni coherence dans les dispositions, ni eeonomie dans les depenses. L'orateur passe en revue successivement les fermes- ecoles et les eeoles regionales , et arrivant a 1'Institut agronomique de Versailles, il demontre tous les vices de cette institution. En resume , dit M. de La Chauviniere , on peut affir- mer qu'il a ete fait un emploi onereux et tout a fait anor- mal des deniers de l'Etat, a Versailles, et c'est ce qui au- rait du etre explicitement formule dans le rapport de la commission. M. de Quatrefages propose au contraire la redaction suivante : L'Institut agronomique de Versailles peut rendre de grands services a l'enseignement agricole : lEn s'occupant des grandes questions generales dont la solution ne peut etre obtenue que par 1' emploi des methodes scientifiques experimental es les plus rigoureu- ses i en evitant par la au reste de la France des essais infructueux et ruineux ; 2 En formant des hommes qui de bonne heure seront habitues a envisager la science la plus avancee au point di vue de l'application ; < 3 En offrant aux fils de riches proprietaires un ensei- gnement agricultural intelligent et eleve, bien plus utile pour eux que les cours de droit que la plupart d'entre eux viennent suivre a Paris. > M. Thomas monte a la tribune et s' eerie : Je suis le defenseur des forets. {Hilarite : .)L ! 'ecole de Nancy aamene CONGRES DES ACADEMIES. 159 le defrichement: de la plus belle foret de toute la Bre- tagne ! (Hilarite.) Quand j'attaque les defrichements , je suis parfaitement desinteresse , car je vis de. defriche- ments. {Bravo \) Les ecoles de theoriciens perdront la France. {A la question!) L'ecole de Versailles, j'y arrive : on y troilve toute espece de choses , excepte 1'utile ; on y voit des pares a sangsues. Le but de la science agricole est de produire du ble a bon marche ; or , le ble que vous recolterez a Versailles coutera fort cheiy car, pour Pavoir, on depensera 400,000 francs par an. L'orateur termine en proposant un amendement re- dige dans une pensee de conciliation. (Cet amendement n'est pas reproduit ici, parce que l'orateur l'a retire quel- ques instants plus tard.) M. du Chastellier recoit la parole, et, repondant a quelques-unes des assertions des preopinants , dit qu'il ne faut pas se preoccuper de ce que l'lnstitut de Ver- sailles pourra couter, non plus que du prix de revient de ses produits, mais bien des idees utiles qu'il pourra faire connaitre quand les essais de la science et la prati- que les auront justifiees. La commission et Fassemblee semblent disposees a conclure en faveur de Penseignement theorique, tout en negligeant la pratique. t Je ne comprends pas, pour ma part, cette separation, dit l'orateur, et je crains que si Pon suit votre avis, nous n'ayons a Versailles une ecole d^griculture qui serait a peu pres etablie comme cette ecole navale d'Angouleme, qu'un des gouvernements passes avait fondee loin de la mer. Si le celebre auteur de la Physiologie des plantes , M. Williams Edwards, avait eu le sol sous les pieds et la pratique pres de lui ? j'ai beaucoup de peine a croire que ses decouvertes 160 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. n'eussent pas ete beaucoup plus nombreuses, et surtout beaucoup mieux appropriees aux veritables besoins de 1'agriculture. Par toutes ces raisons, et sans oublier que presque toutes nos societes ont demande la creation d'un Institut superieur et central, je conclus a ce que l'assem- bfee ne se prononce pas contre ce qui a ete fait dans ce but. M. Richelet a la parole. Sans se preoccuper des er- reurs qui peuvent avoir ete professees, en admettant, au contraire, que l'lnstitut agricole ait ete etabli dans les meilleures conditions possibles, il ne le croit pas cepen- dant susceptible de rendre des services pouvant compen- ser les depenses qu'il entrainera chaque annee ; il craint de le voir produire des resultats facheux pour 1'agricul- ture. Tout le grand art de la science agricole consiste a obtenir des produits depassant toujours la somme des depenses ; hors de la on ne peut rien esperer. Les in- specteurs, s'inspirant des innovations introduces a grands frais dans l'lnstitut de Versailles, forceront les corni- ces a donner leurs primes soit a des cultures nouvelles et impraticables sur certains sols, soit a des races nou- velles ou a des croisements dont bientot on reconnaitrait le peu d'avantage. C'est ce qui est arrive pour la race Durham, preconisee pendant plusieurs annees et repous- see aujourd'hui sur plusieurs points, notamment dans la basse Normandie. L'lnstitut de Versailles semettraare- glementer Pagriculture dans toute la France, et chacun sait combien une semblable centralisation serait nuisible aux progres d'une science pour laquelle il y a encore tant a taire. D'ailleurs il est une consideration qui ne doit pas etre omise : l'onereux etablissement, l'onereux entretien de l'lnstitut agricole de Versailles viendra chaque annee CONGRES DES ACADEMIES. 161 prendre sa part au budget, et il ne pourra rendre en amelioration a Pagriculture ce qu'il aura preleve sur elle par Pimpot. S'il s'agit d'un haut enseignement, les professeurs ne manquent pas a Paris ; Grignon existe ; on peut lui adjoindre quelques chaires speciales, sans faire un double emploi, dont Putilite parait jusqu'ici fort contestable. M. de Quatrefages repond a M. Richelet. Versailles, dit-on, reglementera le reste de Pagricul- ture francaise. Mais ce fait n'existe-t-il pas deja? Seu- lement ceux qui reglementent ce sont quelques journaux ou quelques hommes. Cet engouement pour les Durham a-t-il ete impose par Versailles ? Non , quelques hommes ont donne le signal et ils ont entraine apres eux les agri- culteurs qui manquaient des connaissances necessaires pour juger sainement. L'agriculture n'est pas seulement une industrie, c'est encore un art. C'est Part de faire concourir toutes les sciences humaines a l'exploitation fructueuse dusol. Or, jusqu'a present, on a peu songe a Penvisager ainsi. Ce- pendanl des essais sont tentes ca et la , le plus souvent sans les connaissances necessaires : de la ces fautes, ces mines qui attendent les experimentateurs. Ayez un grand etablissement ou les experiences soient faites avec soin par des hommes competents et les insucces meme de ces hommes profiteront a la France entiere. A ce titre, les sommes depensees a Versailles seront une veritable economie pour le pays et previendront bien des ruines particulieres. Mais, dit-on , les ecoles regionales peuvent remplir ce but. Non. Pour qu'un etablissement soit utile , il lui faut un but nettement defini. Or les ecoles regionales, 162 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. tout le monde est d'accord la-dessus, doivent partout former des industriels agricoles. Les bautes recherches de la science y seraient done probablement negligees. Klles auront partout a recevoir en quelque sorte la for- mule generale et a la modifier selon les donnees locales. Mais les questions generates ne peuvent pas y ctre trai- tees, car ce serait les faire sortir de leur role que de leur imposer cette nature de recberches. D'ailleurs, la solution des questions les plus generates, de celles qui se rattacbent aux principes memes d'un art quelconque , sont toujours d'une extreme difficulte. Dans les fermes regionales memes il faut des hommes babitues a considerer la science la plus elevee au point de vue des applications agricoles. Or , ou prendre ces bommes? La science est tellement vaste qu'un homme seul ne peut maintenant, ni dans ses etudes ni dans son enseignement , l'embrasser sous toutes ses faces. A la Sorbonne, au Museum, on s'occupe de la science pure. Au Conservatoire des Arts et Metiers on etudie les ap- plications industrielles. II manque un etablissement ou la science la plus elevee soit etudiee au point de vue de ^application agricultural . L'Institut de Versailles sera cet etablissement. On se plaint, etavec raison, que l'agriculture soit de- daignee. C'est que , jusqu'a present, pour etre agricul- teur, il a suffi, aux yeux de tout le monde, de savoir ma- nier la pioche ou le soc d'une charrue. La culture de V esprit, les connaissances serieuses ont ete regardees comme inutiles. Quelle consideration voulez-vous pour une profession que peut exercer tout homme a la fois ignorant et sot ? Mais cbangez cet etat de choses : qu'on comprenne l'agriculture comme Part d'appliquer toutes CONGRES DES ACADEMIES. 163 les connaissances humaines a la culture fructueuse du sol , et l'agriculture reprendra le rang qui lui convient. Le meilleur moyen pour cela, c'est de creer un etablis- sement on les fils de riches proprietaires viendront se convaincre que l'agriculture est un art tres-complexe , herisse de difficultes, et ou ils trouveront en meme temps des savants occupes a resoudre ces difficultes ? Ils y ac- querront Pestime de la profession d'agriculteur , et cet exemple, venu d'en liaut, ne tardera pas a etre suivL M. Monnier croit qu'en agriculture la science doit etre tres-reservee. L'agriculture est surtout une science pra- tique, son but direct , c'est de procurer des benefices. La cause du discredit ou est tombee la science agricole, c'est sa tendance trop exclusivementtheorique. M. Mon- nier se rallie a la redaction de M. de Caumont, Voici cet amendement : Le Congres, sans pouvoir se prononcer sur les resul- tats d'un etablissement qui n'est pas encore definitive- ment constitue, sans pouvoir apprecier les services qu'il pourra rendre par la suite comme ferme experimentale, declare ne point etre convaincu de l'utilite de l'ensei- gnement theorique et pratique qu'on a le projet d'y an- nexer, et regrette qu'on n'ait pas suivi le plan propose par le conseil general de 1' agriculture pour la constitu- tion d'un etablissement agricole experimental pres de Paris. La discussion est close. M. Thomas retire son amendement. La redaction de M. de Caumont est adoptee. M. Jobart a fait hommage au Congres de plusieurs brochures : 1 Necessite de V instruction professionnelle; 164 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 2 Entente cordiale du proprietaire et du proletaire ; 3 De Vutilite des marques obligatoires d? Industrie et de commerce; 1 De la propriete des dessins, modeles et tissus de fa- briquet 5 Constitution d'une noblesse industrielle par les mar- (furs de commerce ; 6 Creation de la propriete intellectuelle ; 7 Chacun doit etre proprietaire et responsable de ses oeuvres; 8 La libre concurrence consideree comme cause de la diminution du travail ; 9 Des brevets de priorite. Le proces-verbal de la seance du 15 mars , lu par M. Bordeaux, est adopte. M. Millet-Saint-Pierre, presi- dent de la societe havraise d'etudes diverses , demande une correction, qui est faite sur-le-champ. M. foiault, rappelant une discussion engagee a Tune des seances precedentes, sur la quinzieme question du programme, propose au Congres d 7 emettre les vceux suivants : lL'Institut des provinces, dans les expositions regio- nales qu'il dirige, s'efforcera d'obtenir du gouverneinen t des chefs-d'oeuvre de sculpture et de peinture qui se- ront offerts aux regards des provinces jusqu'ici deshe- ritees. 2 Les societes savantes seront invitees par l'Institut a vulgariser, par des editions a bon marche, les oeuvres lit teraires remarquables a la fois par la moralite de leurs tendances et la purete de leur forme. Dans les villes ou cette mesure sera praticable, el les seront invitees a favo- riser des lectures publiques. CONGUES DES ACADEMIES. 165 3 Les societes entoureront de leur bienveillance etde leur protection les associations musicales populaires. 4 Les societes archeologiques seront encouragees dans la protection eclairee dont elles entourent les monuments existants, et invitees a entourer de la plus active surveil- lance la construction des monuments nouveaux. Une vive discussion s' engage sur cette proposition. M. Dupray, rapporteur de la commission des beaux- arts, monte a la tribune pour combattre cette motion. M. de Caumont demande d'ailleurs qui serait juge dtl merite des objets d'art envoyes, et rappelle quels detes- tables ouvrages le gouvernement envoie dans les pro- vinces. M. Enault ne veut pas qu'on eleve de barriere entre Paris et les departements. II croit que les richesses de Unites les epoques doivent etre mises en circulation. II termine par une brillante apologie de Part grec. M. le baron de Stassart repond que la pensee de la commission et celle de son rapporteur n'ont eu rien d'ex- clusif ; qu'il ne s'agit pas de circonscrire Part dans telle ou telle epoque. M. Enault veut Yunite dans Part, le libre echange en- tre les idees des artistes des divers pays. M. duChastellierappuieM. Enault et fait ressortir dans quelques courtes considerations les circonstances qui ont favorise chez les anciens et lors de la renaissance , le developpement des ecoles qui ont imprime a Part une puissante influence sur la civilisation. Ne nous isolons pas, dit M. du Chastellier, pas plus en province qu'ail- leurs; ne nous isolons pas, parce que pour former dans les departements des artistes capables d'y exercer une action utile et decisive, nous avonsbesoin qu'ilss'elevent 166 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. au rang de ceux qui priment ailleurs ; ne nous isolons pas , parce qu'avec les donnees nouvelles de la locomo- tion les idees et les hommes doivent pouvoir atteindre partout, et qu'en industrie comme dans les arts, le vrai savoir et les plus beaux produits seraient bientot de tous les pays. C'est le gout surtout et 1'amour de Part que nous avons a faire naitre, provoquons sur ce point Pexci- tation la plus vive, et tout en protegeant particulierement les artistes de nos departements , ne refusons au public ni les termes de comparaison, ni les rapprochements qui peuvent exciter une noble emulation, mais aussi un gout plus sur et plus exerce. M. le marquis de Saint-Clou developpe quelques con- siderations sur Pesthetique, sur le vrai caractere du beau, et fait Papologie des ecoles italiennes du xvi e sie- cle. II attribue a des artistes venus d'ltalie tous les chefs- d'oeuvre produits en France a la renaissance. M. Bordeaux s'etonne de quelques-unes des theories que vient d'entendre le Congres. II proteste contre les vieilles erreurs accreditees par certains auteurs, et qui aujourd'hui encore sont transmises par les ciceroni aux touristes, qui ne se donnent pas la peine de consulter les ouvrages publies en si grand nombre, depuis quel- ques annees, sur Phistoire de Part. M. Bordeaux reclame contre Pinjuste dedain repandu par ces esprits superficiels sur nos vieilles ecoles pro- vinciales. Suivant Porateur, il ne s'agit pas de faire naitre Part en province, car il existe ; il s'agit seulement de Pempecher de mourir tout a fait. Les ecoles provin- ciates vivent encore, seulement ce sont des lampes qui apres avoir longtemps brille, paraissent pretes a s'etein- dre. L'unite dans Part, un art uniforme dans toute la CONGRES DES ACADEMIES 167 France, ce serait le triomphe de la centralisation contre laquelle lutte le Congres, 1'aneantissement immediat de cette lumiere intellectuelle qui depuis les temps lointains du moyen age persiste encore dans nos provinces. M. de Caumont repousse au nom de l'Institut la pro- position qui est faite au Congres. On demande la cloture de la discussion. La cloture est prononcee. M. le president propose une nouvelle lecture des conclusions de M. Enault. M. le rapporteur de la commission des beaux-arts demande qu'il soit passe a I'ordre du jour. Apres quelques reclamations, I'ordre du jour est pro- nonce. Le rapporteur de la commission chargee de faire un rapport sur le travail de M. de Kergorlay, relativement a la loi sur la liberte d'enseignement, depose ses con- clusions. Quelques observations sont echangees sur les conclu- sions de ce rapport entre plusieurs membres de l'assem- blee, Celle-ci decide qu'il y aurait de l'inconvenient a prolonger la discussion sur une question qui, sans etre positivement politique, pourrait entrainer involontaire- ment la discussion au dela du cadre habituel de la science. M. Millet-Saint-Pierre, president de lasocietehavraise d' etudes diverses , a la parole au nom de la commission de l'industrie et du commerce. Apres quelques conside- rations generates sur la necessite d'eclairer les societes d'agriculture et de commerce sur les interets qu'elles de- vraient defendre et sur la voie nouvelle qui lui serait par la ouverte, M. Millet s'exprime ainsi qu'il suit : 16$ INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. En matiere gouvernementale et administrative, mes- sieurs, le commerce n'est pas en heureuse position. Sous tous les regimes, lorsqu'il a ete question d'une nouvelle combinaison ministerielle, on a toujours vu considerer le portefeuille de l'agriculture et du commerce comme le plusinfime desportefeuilles. Apeu d'exceptions pres, on a toujours donne ce ministere a celui des candidats a in- vestir qui avait moins de titre a la sptcialite commer- ciale, de facon qu'on y a vu souvent des hommes bons a rien, parce qu'ils avaient paru bons a tout. Cependant cette inferiorite distributive ne serai t pas encore un tres- grand mal si les bureaux du commerce avaient la faculte de faire le bien, comme je leur en suppose la capacite. Mais les tarifs appartiennent au ministre des finances ; les traites internationaux et les consuls sont dans le do- maine du ministre des affaires etrangeres ; les ameliora- tions hydrauliques, la police et l'entretien des ports et bassins relevent du ministre des travaux publics ; les re- glements de la navigation et les sauvetages sont faits par le ministre de la marine ; la transmission officielle des cours de bourse par le telegraphe depend du ministre de l'mterieur; enfin, la juridiction consulaire est dans les attributions du ministre de la justice, et le ministre du commerce est oblige de mendier dans chaque departe- ment de quoi faire vivoter le sien. C'est un chariot qu'on a eu soin d'enrayer fortement, afin qu'il ne puisse pas aller trop vite. Le vice de cet etat de choses se fait surtout remar- c|uer a Pegard des agents consulaires. Tandis que les autres nations, et particulierement 1'Angleterre, s'occu- pent de 1'aptitude commerciale dans lechoix de ces fonc- tionnaires, on les prend en France dans les bureaux des CONGRES DES ACADEMIES. 169 affaires etrangeres dont ils ressortissent, et ce sont des ap- prentisdiplomates qui compromettent en maintes circon- stanees les interets francais par l'ignorance du droit, des usages et des besoins du commerce qu'ils ont a servir. Je ne m'etendrai pas davantage sur ce point ; vous sen- tirez, sans que j'aie besoin d'entrer dans de grands deve- loppements, que si les consuls et les vice-consuls etaient dans les attributions et a la nomination du ministre du commerce, ceux qui veulent obtenir ces places cherche- raient a justifier de leurs connaissances commerciales ; ils se preoccuperaient sur tout dans leurs fonctions des interets et des faits commerciaux, et donneraient avec plus de sagacite, de clarte et de zele, les renseignements a l'egard du marche ou ils resident; ils mettraient en consequence le ministre du commerce bien plus a meme d'eclairerses administres sur les speculations exterieures. II est une autre source de documents qu'on pourrait explorer avec succes. Non-seulement les officiers de la marine militaire donnent souvent des notes au gouverne- ment sur les objets qui conviennent aux consommateurs des pays qu'ils visitent ; mais chaque capitaine mar- chand, revenant d'un voyage de long cours, est tenu de faire un rapport sur tout ce qui lui a paru interessant dans son excursion. Or, comme toutes ces notes restent enfouies dans les cartons de 1'administration de la ma- rine , non-seulement elles sont sans fruit , mais il en re- sulte que nos capitaines ont perdu Phabitude de relever et de signaler des choses qui seraient de la plus grande utilite a connaitre , et que les rapports deviennent de jour en jour plus denues d'interet. Que ces documents soient constamment analyses et compares entre eux, que les resumes qui en resulteront soient publics , et on ne 170 INSTiTUT DES PROVINCES DE FRANCE. tardera pas a posseder une source feconde, a la richesse de laquelle tous les navigateurs s'empresseront de con- courir. n Votre commission vous propose done, messieurs, de demander aux societes d' agriculture et de commerce d'enoncer les voeux suivants : 1 Que le gouvernement s'occupe des moyens de multiplier nos debouches , sans employer a cet effet la voie des missions fastueuses ; mais que , pour connaitre et faire connaitre les besoins du dehors , il recueille ses renseignements dans les rapports des agents consulaires, des officiers de la marine militaire et des capitaines au long cours ; 2 Que tous les rapports des navigateurs parviennent au ministere du commerce pour y etre examines , afin d'en extraire les observations qui meritent d'etre com- muniquees aux chambres de commerce ; 3 Que les consuls et les vice-consuls cessent d'etre des agents diplomatiques pour devenir des fonctionnaires, a la nomination et dans les attributions du ministre de 1'agriculture et du commerce. Ces conclusions mises en deliberation suscitent plu- sieurs objections de la part de MM. de Stassart, du Chastellier, d'Estourbet, etc., qui font remarquer a l'au- teur du rapport que tout en desirantde la part des agents consulaires des renseignements plus complets et mieux appropries au besoin du commerce, il pourrait y avoir de tres-grands inconvenients a ce que le gouvernement seprivat de leur concours comme agents diplomatiques. La concurrence que notre commerce a a soutenir partout contre le commerce des nations etrangeres et de l'Angle- terre surtout 3 fait dosirer vivement que le gouverne- CONGRES DES ACADEMIES. 171 ment trouve dans ses agents consulaires et dans ses chefs de station des hommes habiles et capables de preparer an dehors les voies qui pourront seconder le developpe- ment de notre industrie, et l'assemblee , enadoptant les deux premiers paragraphes des conclusions du rappor- teur , exprime en meme temps le voeu : ie de memoires qu'en donnant l'expos6 du systeme de M. Lecoq sur les causes de l'extension des anciens glaciers. Depuis que Ton a recormu d'une maniere incontestable l'ancienne extension des glaciers, les geologues, qui sou- tiennent cette opinion basee sur des faits tres-positifs, ont tous invoque, comme cause premiere de ce mysterieux phe- nomene , un abaissement de temperature a Tepoque gla- ciaire. Voila plusieurs annees que nous combattons cette ma- niere de voir vraiment extraordinaire et qui s'accorde si peu avec tout ce que nous connaissons du passe de notre planete. En effet , plus nous etudions les restes organiques en- fouis dans les differentes couches du globe , plus nous sommes penetres de cette verite que les anciens climats , quelle qu'en soit la cause , offraient une temperature plus elevee que les saisons actuelles. 232 causes Ces depouilles nous apprennent que la temperature etait d'autant plus haute que les temps geologiques s'eloiguent davantage de cetle periode et que le refroidissement a ete lent et successif. Comment concevoir alors cette periode frigorifique, qui aurait tout a coup succede a une haute temperature, immediatement apres les anciennes alluvions, qui temoignent de la presence d'une grande quantite d'eau et de pluies torrentielles. Comment, lorsqu'on reconnalt unanimement que la glace des. glaciers provient des neves, c'est-a-dire de la neige qui tombe , soutenir que ces neiges sont plus abondantes avec une basse temperature , qui s' oppose partout a l'eva- poration? II suffit de reflechir un instant a cet interessant probleme, pour reconnaltre qu'une periode frigorifique n'a jamais existe, que le refroidissement du globe a ete lent et graduel, et que si localement il a pu y avoir a l'epoque glaciaire abaissement de temperature , cette diminution de chaleur locale a ete une consequence de la presence de la glace , mais non la cause de son apparition. La formation des glaciers se reduit a une simple ques- tion , l'exces de neige tombee sur la quantite de neige fondue. Examinons rapidement ces deux points; V alimentation et la fusion. L' alimentation a plusieurs causes , mais la principale , et sans contredit celle qui Temporte sur toutes les autres, c'est la chute de la neige dans les hautes regions et sa reception dans de vastes bassins eleves ou sur de grands plateaux. C'est cette neige qui devient grenue, qui prend le nom de nev6 et qui plus tard se transforme en glace. BE L^ANCIENNE EXTENSION DES GLACIERS. 233 Mais , pour faire de la neige , on nous accordera sans doute qu'il faut de la vapeur d"eau , et nous ne peosons pas que personne nous refuse de la chaleur pour l'eva- poration. II n'arrivera jamais que Ton cesse d'alimenter le foyer d'une machine pour augmenter sa production en vapeur. Pour obtenir beaucoup de neige , il faut beaucoup de vapeur, et la chaleur est indispensable a la production de ce premier element des glaciers. Si, au lieu d'augmenter l'evaporation, vous la diminuez, vous enlevez a 1' atmosphere tout moyen de produire de la neige et de la pluie. Et vous en avez constamment la preuve en hiver , quand les gelees font descendre le ther- mometre bien au-dessous de 0. Non seulement il ne pleut plus, mais il ne neige pas. II j a plus, c'est que les grands froids loin d'etre cause de la neige, n'en sont que la con* sequence forcee , et ils n'arrivent jamais que si le sol , de pres ou de loin, a ete d'abord envahi par les neiges. C'est done se tromper que d'invoquer, en faveur de l'ex- tension des glaciers, une action qui tend a les maintenir , il est vrai , quand ils existent , mais qui s'oppose entie- rement a leur formation. Or, les anciens glaciers n'etaient pas stationnaires ; tout au contraire nous indique , avant leur apparition , pen- dant leur sejour et apres leur retrait, des mouvements d'alluvion , qui prouvent que l'alimentation et la fusion etaient egalement considerables et ont pu meme , a cer- taines epoques , se compenser entierement, Consideree sous ce point de vue , l'etude des glaciers offre un interet nouveau , car nous laissons parfaitement intactes toutes les theories admises de nos jours, et parti- culierement celle qui est peut-etre la mieux etablie, celle du refroidissement lent et seculaire de notre globe. 234 causes Mais si la chaleur est la cause de l'alimentation des glaciers, c'est elle aussi qui produit la fusion ; et comment se fait-il que cette temperature elevee qui produit la vapeur et par suite la neige et le glacier, ne se retrouve plus avec la m6me intensile pour operer sa fusion ? Pourquoi cette difference ? et comment l'alimentation a-t-elle pu dans certaines circonstances exceder la fusion , fournir un reste qui , accumule chaque annee pendant des siecles, a donne naissance a ces longues mers de glace, qui ont abandonne au loin leurs blocs erratiques et qui sont aujourd'hui con- finees dans le haut de leurs anciennes vallees? II est facile de comprendre que, malgre l'egalite de tem- perature, dans les deux cas, Taction ne peut etre la meme. II y a plus, c'est que la difference serait m&me tout en- tiere en faveur de la fusion , car la neige ne se forme que dans les parties elevees de l'atmosphere ou le thermometre est toujours au-dessous de , et le glacier ne fond qu'a son extremite inferieure qu'il amene toujours dans des re- gions tellement chaudes que souvent les moissons mu- rissent a ses cotes. Malgre cela la compensation ne peut avoir lieu. Lorsque la vapeur se forme , elle enleve a l'air , au sol , aux corps environnants , une tres-grande quantite de calorique qui devient immediatement latent et qui est perdu pour la ferre. La vapeur monte , et quand elle rend la liberie a ce calo- rique pour passer de l'etat gazeux a l'etat solide, sa clialeur se perd en grande partie en rayonnant vers l'espace , et la neige vient CQnstituer le glacier. Quant a la fusion, elle ne peut avoir lieu qu'a la surface, et cette surface n'est nullement proportionnelle a la masse. Ainsi, toutes choses egales d'ailleurs, si un glacier est tres-volumineux , il fondra moins vite , relativement a la de l'ancienne extension des glaciers. 235 masse de son poids , qu'un glacier plus petit dont la sur- face exposee a Fair ne pourra pas envelopper une si grande quantite d'eau congelee. Ces faits sont connus de tout le monde, sans qu'on ait jamais songe a les appliquer aux glaciers. Que le foin d'une prairie soit mis en un seul tas et ex- pose au grand soleil , il ne sechera pas ; mais qu'on le divise en vingt ou en cent petites meules, la dessiccation fera de suite des progres ; qu'on l'etende en une couche mince , il sera sec en deux heures. Ainsi la chaleur qui sera restee la meme sur toute l'etendue de la prairie , comme la masse d'herbe qu'elle aura fournie , aura eu une action tres-differente et en rapport avec l'etendue des sur- faces qui lui auront ete soumises. Cette grossiere comparaison demontre le peu d'impor- tance de la fusion , quand on la compare a 1' alimentation du neve. Nous devons rechercher maintenant si l'evaporation etait plus grande autrefois que de nos jours, ou , ce qui revient au meme, si la temperature etait plus elevee. Nous pensons que tous les geologues repondront par 1' affirmative. II suffit de jeter les yeux sur tous les cours d'eau , sur tous les anciens bassins , pour apprecier leur diminution , pour reconnaltre que la masse d'eau , qui circule sur la terre, est bien moindre que celle d' autrefois. L'etude des terrains de sediment et surtout celle des alluvions vient confirmer en tous points cette maniere de voir , et le curieux phenomene de l'extension des glaciers marque une des phases necessaires du refroidissement de la surface terrestre , et nous conduit a une question bien plus vaste , celle des anciens climats solaires. 236 causes DBS EPOQUES GEOLOGIQUES RELATIVEMENT AUX CLIMATS^ DU GLOBE. La theorie de la chaleur centrale domine toutes les autres en geologic Elle est tellement en rapport avec les faits, elle les explique si bien qu'il serait impossible de ne pas l'admettre sans faire rentrer la science dans le chaos dont elle est a peine sortie depuis quelques annees. Cette theorie pourtant , tout en donnant admirablement la clef de tous les phenomenes plutoniques, de tous ceux qui dependent de Taction de l'interieur du globe sur sa sur- face, n'est plus aussi satisfaisante , lorsqu'on vient a l'ap- pliquer aux terrains de sediment et aux terrains de transport. Si la chaleur centrale a pu , dans les premieres periodes de la formation de la croute de la terre , se faire jour jusqu'a sa surface et influencer les climats et la vie orga- nique , l'epaisseur de cette croute refroidie a du aussi faire obstacle au flux interieur , et la temperature exterieure a du dependre entierement des climats. Quand on voit la grande difference qui existe entre la temperature des derniers terrains tertiaires, qui nourissaient encore, dans nos zones temperees , des cyclades et de gi- gantesques reptiles, on a peine a croire que le dep6t d' allu- vion qui , sur certains points seulement , recouvre la terre comme une legere pellicule , ait pu arreterla transmission de la chaleur. On ne congoit pas davantage comment de- puis cette epoque recente, l'interieur du globe aurait perdu son pouvoir emissif de maniere a ne plus transmettre au dehors qu'unindice presqu'inappreciable de la haute tempe- rature dont il est doue. t)E l'ancienne extension des glaciers. 237 L'etude des corps organises fossiles et surtout la posi- tion geographique de tous ces debris, nous montrent, des les temps les plus recul6s , des arrangements particuliers n6- cessites par les latitudes ou des z6nes determinees , comme elles le sont encore par leur position relativement aux p61es ou a l'equateur. Si nous acceptons comme une chose prouvee Taction de la chaleur centrale , nous ne pouvons admettre que cette chaleur interne se soit propagee au dehors jusqu'a l'epoque des anciennes alluvions , et nous pourrons diviser les temps geologiques en cinq longues periodes , que nous definirions de la maniere suivante : 1. La chaleur centrale l'emporte sur les climats. 2. Les climats commencent a se faire sentir; les pluies tombent de preference sur les poles et sur les hautes mon- tagnes , qui les condensent. 3. Par suite de la predominance du climat sur la cha- leur centrale, les neiges s'accumulent aux poles ou sur les hautes montagnes pendant les hi vers, et fondent com- pletement pendant les etes. 4. Les neiges se deposant en quantity plus grande qu' elles ne peuvent fondre, il y a un reste qui augmente chaque annee , et les glaciers s'estendent. 5. Par suite de l'abaissement de la temperature , les neiges se deposent en plus petite quantite aux deux poles et sur les montagnes ; la fusion l'emporte sur Talimen- tation des glaciers , et les glaces diminuent. Nous allons dire quelques mots seulement de chacune de ces epoques. Premiere periode. II est bien certain que des les premiers ages du globe, les climats , quelqu'intenses qu'ils fussent, n'avaient pas d' action sur la terre ; et , ce qui le prouve, c'est l'uniformite de la vie organique , qui se montre par- 238 causes tout avec les memes formes determines par les memes conditions d'existence ; c'est une creation tout entiere adaptee a des milieux semblables, et qui, des-lors , devait offrir partout des caracteres analogues. Cependant, malgre cette preeminence incontestable de la chaleur centrale sur les causes exterieures , il paralt que la vie s'etait surtout developpee dans les regions polaires , et que l'equateur ou la z6ne torride etait loin d'offrir une si grande profusion de productions organiques. Un autre fait tres-digne de remarque a cette epoque , c'est que les terrains de sediment les plus anciens et con- tenant les debris des premiers animaux qui ont vecu sur la terre , ressemblent a des terrains d'alluvion , partout ou des commotions ou des emissions ulterieures ne les ont point modifies. lis sont le resultat de pluies continuelles , consequence necessaire de l'evaporation active de cette epoque , et il est impossible aujourd'hui de reconnaltre les points d'ou ces immenses materiaux ont ete detaches ; il est impossible de reconstituer , mme par la pensee , les montagnes ou les plateaux que le temps a detruits et que les eaux torrentielles ont niveles. Jusqu'ou va cette epoque de haute temperature produite par les feux souterrains , et quels sont les anciens depots qui se sont formes sous leur seule influence? II est bien difficile de le determiner ; mais nous croyons que deja , a Tepoque des houilles , la chaleur centrale et Taction du climat se faisaient egalement sentir et contribuaient en- semble aux dep6ts de cette epoque. Seconde periode. La terre se refroidissant toujours , et la croute solidifiee devenant de plus en plus epaisse , les climats deviennent predominants ; mais la temperature reste cependant tellement elevee par ces deux causes reu- DE l'aNCIENNE EXTENSION DES GLACIERS. 239 nies, que les pluies tombent principalernent sur les hautes montagnes et sur les poles , qui sont les lieux les moins chauds de notre planete. Tous les points immergessontalors soumis a d'incessantes actions destructrices , car nous pou- vons donner a chacune de nos periodes un laps de temps tres-long ; et, sous ce rapport, les geologues, d'accord avec la nature, sont d'une grande liberalite. Nous pouvons admettre au besoin que le bassin des mers tout entier a pu &tre vide plusieurs fois par l'evapo- ration, et que toutes ces masses d'eau, retombant dans la duree des siecles sur les points les plus hauts, ont produit, melanges aux sediments chimiques, tous ces vastes dep6ts que nous connaissons sous les noms de trias } de terrains jurassiques et crayeux , et de terrains tertiaires. II est certain du moins que si la chaleur centrale agissait encore a la surface, celle des climats avait aussi une grande part d 'influence, et on voit les caracteres locaux se dessiner de plus en plus nettement a mesure que nous approchons de notre epoque. Les terrains tertiaires offrent tous les signes d'une loca- lisation particuliere.Ce ne sont , en quel que sorte , que des bassins isoles , ou les debris organiques ne rappellent plus en rien l'uniformite des premiers terrains fossiliferes qui couvrent de si grands espaces dans les deux hemispheres. Or, si la presence des animaux et des plantes 'des re- gions tropicales, que Ton trouve dans ces derniers terrains, avait ete ocoasionnee par une elevation de temperature due a la chaleur interieure de la terre , pourquoi toutes ces variations d'un dep6t dans un autre , au lieu de Tunifor- mite que nous devrions y trouver? Des espaces tres-etendus et surtout des montagnes en- tires ont du disparaltre completement, usees et detruites 240 CAUSES par les pluies pour fournir les nombreux materiaux des dep6ts d'argile et de sables, qui ont forme les sediments de cette epoque. Mais a part quelques exceptions dues a des causes violentes et perturbatrices qui n'ont jamais cesse d'agir , nous voyons dans tous les sediments de cette an- cienne epoque une espece de regularity que nous ne retrou- vons pas plus tard. Les causes, sans etre uniformes, etaient moins violentes ; les grains des depdts plus reguliers et moins gros ; les ar- giles se divisaient en bancs plus etendus et plus homo- genes, tandis qu'en arrivant dans la periode ou nous allons entrer , nous reconnaissons evidemment Taction d'un agent energique qui n'avait pas encore paru a la surface de la terre , c'est-a-dire de l'eau solidifiee par le froid. Troisihrne pdriode. Nous considerons comme alluvions anciennes ces vastes depots qui presentent tous les carac- teres d'un transport violent et que nous trouvons repandus, a de grandes distances, autour du pole nord et des grandes chalnes de montagnes. On ne peut meconnaitre dans le charriage de tous ces materiaux , une cause analogue a celle qui a produit les anciens terrains sedimentaires ; mais Taction de transport Temporte sur la sedimentation qui est generalement in- complete , et Ton voit sans peine que des actions violentes et sou vent inegales ou periodiques ont ete mises en jeu. On reconnalt encore dans la masse enorrne de ces debris , dansleur position eloignee du centre de production, et dans leur variete , une action qui s'est prolongee tres-long- temps et qui a ete soumise a une foule de vicissitudes. Ces terrains d'ancienne alluvion sont partout anterieurs aux dep6ts erratiques ou glaciaires. On les voit deborder par-dessous ces derniers, s'etendre au-dela, et former par- de l'ancienne extension des glaciers. 241 tout comme un immense tapis sur lequel les autres auraient ete places sans en atteindre les bords. L'etat des materiaux qui composent ces terrains nous indique clairement qu'ils ont ete transports avec violence, puisque leurs angles sont arrondis et que, loin d'etre dis- poses par nature de roche , ils sont au contraire confuse- ment melanges. Ils appartiennent a l'epoque ou la terre , deja refroidie , presentait en hiver quelques points dont la temperature etait au-dessous de 0. La s'accumulaient des neiges abon- dantes , mais qui ne persistaient pas encore long-temps , parce que les hivers etaient trop courts, comparativement aux etes, et que les pluies vernales et chaudes les fondaient entierement au retour de la belle saison. II y avait done chaque annee debacle considerable , torrents tumultueux entralnant les debris de rochers , sapant les montagnes , corrodant les plaines et les plateaux, et conduisant leurs materiaux melanges tantot sur des plaines plus basses , tantot dans des bassins d'eau douce ou d'eau marine qu'ils ont pu meme combler. Des masses enormes de neige devaient etre entralnees dans ces fontes subites , mais aucune ne resistait a l'ete et chaque hiver les m&mes degradations et les m&mes transports avaient lieu. Les preuves de cetetat de choses existent partout; nous les avons recherchees et indiquees ailleurs ; nous nous con- tenterons ici de faire remarquer quelle immense puissance de destruction l'eau prend tout a coup en passant momen- tanement a l'6tat solide. Par sa dilatation, elle brise les rochers , ecrase leurs masses gigantesques , et par son ac- cumulation et sa fusion elle acquiert la puissance et la force pour disperser partout les fragments qu'elle arrache, 242 causes pour detruire les montagnes et combler des bassins , pour niveler la terre en abaissant les sommets et remplissant les depressions. Quatrihme periode. Les actions de transport ont occupe une immense periode ; les climats perdant toujours de leur chaleur , comme nous le demontrent les corps organises fossiles, la neige, qui sejournait a peine sur les sommites, a fini par s'y accumuler ; etl'hiver, se prolongeant de plus en plus, l'ete n'a pu la fondre en entier. II y a eu un reste : la est i'origine de cette longue ere glaciale sur laquelle les geologues ont tant ecrit. A ce reste, insignifiant d'abord, mais qui a pu traverser la saison d'ete sans se fondre en entier, s'ajoute un reste de l'annee suivante, et ainsi chaque annee, en sorte que le glacier est forme. II marche , il progresse , il avance tous les ans a mesure que le depot de neige qui Falimente s'opere a. sa naissance, et la periode d'accroissement dut etre tres-longue et se continuer pendant tres-long- temps. Des que les p61es et les montagnes purent acquerir 'en hiver une temperature constamment au-dessous de , tandis que sur le reste de la surface terrestre une chaleur active favorisait une rapide evaporation , il n'y eut , pour ainsi dire, plus de limite a l'extension des glaciers. Les vapeurs d'eau se condensaient en neige sur les points les plus froids ; et tandis que l'air echauffe pouvait contenir la vapeur en dissolution , l'air refroidi par ces immenses condensations , abandonnait, immediatement et sous forme de neige, l'eau que la chaleur enlevait continuellement aux mers et aux terres emergees ; et si nous voyons les phe- nomenes glaciaires excessivement developpes au p61e nord et des deux cotes des Alpes , nous trouvons la cause a cote des effets , autour des deux chalnes les plus puis- de l'ancienne extension des glaciers. 243 santes de l'Europe, les Alpes suisses el les Alpes scan- din aves. Peu importe que la chaleur des etes de cette epoque ait ete bien plus considerable qu'aujourd'hui et capable de fondre une couche epaisse de glace , l'alimentation ou le depdt des neiges sur certains points de la terre, et pendant tout un hiver, l'emportait tellement sur les causes de fusion que le glacier, abrite sous son enveloppe exterieure, avan- gait continuellement , surniontait les obstacles , poussait en avant sa moraine frontale , abandonnait sur les bords des blocs aux aretes vives et irregulieres, burinait et striait les parois contre lesquels il glissait avec lenteur. Croit-on que cette periode frigorifique , invoquee par tous les geologues pour etendre leurs glaciers, soit capable de tels effets? Pense-t-on qu'un hiver seculaire , en taris- sant les sources de la vapeur , produira de grandes quan- tites de neige ? II suffit de jeter les yeux sur nos glaciers actuels pendant l'hiver. lis marchent a peine, leurs torrents sont epuises ; et si cette basse temperature qui appartient aux montagnes existait pendant toute l'annee sur l'Europe entiere , aucun aliment ne viendrait au neve , et le glacier resterait immobile , ou fimrait par disparaitre. Le froid ne donne que des neiges ephemeres dont la z6ne s'etendrait, mais jamais ces neiges, ni celles qui descendent sur les montagnes , ne se transformeraient en neve et en glace sans 1' influence d'une temperature suffisamment elevee. Trouve-t-on, dans le nord de l'Europe, au Spitzberg , par exemple , ou sa moyenne est certes moins elevee que dans les Alpes , que les glaciers soient beaucoup plus grands que les n6tres ? M. Martins nous dit qu'ils sont reduits a des neves. Remarque-t-on aujourd'hui dans la chain e scandinave des glaciers plus etendus que ceux des Alpes ? 244 causes L'exlension des glaciers depend d'une question d'udo- metrie ; elle est en rapport avec la quantite d'eau qui peut tomber sous forme de neige et s'y maintenir , avec la tem- perature necessaire a une evaporation active ; elle trouve sa solution dans la comparaison des causes d' alimentation et de fusion. Ainsi le phenomene des blocs erratiques, qui a tant occupe les naturalistes dans ces derniers temps , depend entiere- ment d'une cause qui n'a pas ete suffisamment appreciee et qu'il repugne d'accepter an premier abord. II depend non d'une periode frigorifique , comme le supposent la plupartdesgeologu.es, mais au contraire d'une tempera- ture elevee. Nous avons developpe , dans notre ouvrage des glaciers et des climats solaircs, toutes les preuves et tous les faits qui viennent a l'appni de notre theorie ; nous ne les re- produirons pas dans cette notice. Cinquieme periode. Pour passer de l'epoque ou les an- ciens glaciers des Alpes envahissaientleurs longues vallees et appliquaient leurs moraines frontales sur les pontes du Jura , jusqua la periode dans laquelle nous vivons , et ou ces mers de glace sont reduites a de si petiies proportions , il s'est ecoule sans doute un laps de temps considerable. Le terrain glaciaire est cependant moderne , il recouvre partout les alluvions dont nous avons parle precedemment; et, si Ton etudie de pres les caracteres actuels des glaciers et des terrains qu'ils deposent , on trouve que ces deux epoques se Kent completement , et qu'aucune difference ne peut y etre signalee. Les anciens glaciers se sont retires graduellement , non comme on a coutume de le dire , parce que le climat de l'Europe s'est ameliore , mais au contraire parce que sa de l'ancienne extension des glaciers. 245 temperature a baisse, et que l'evaporation etant moins ac- tive., les neves n'ont plus ete suffisamment alimentes. II en est resulte que le prisme de glace qui represente le glacier a diminne de volume , et que la surface exterieure, la seule opposee a la fusion , a proportionnellement aug- ments d'etendue. La fusion l'a emporte lentement sur l'ali- mentation , et le fLeuve glace s'est moins etendu. II a abandonne sa vaste moraine frontale et a seme , sur tout le sol qu'il parcourait dans sa retraite , le terrain erratique eparpille ga et la. Comme les phenomenes naturels eprouvent presque toujours des oscillations avant d'arriver, dans un sens ou dans un autre , a leur extreme limite, les glaciers out quel- quefois repris un peu de terrain pour le perdre ensuite ; mais , dans ce cas , ils ont recueilli en avangant tout le terrain erratique eparpille dans la vallee , ils l'ont pousse devant eux , et ont reconstruit ainsi des moraines concen- triques qu'il ne leur etait pas donne d'emmener dans leur retraite , pas plus qu'un thermometre a maxima ne peut retirer avec sa colonne le flotteur qu'elle a pousse devant elle. On trouve ainsi , en suivant dans les vallees la retraite des glaciers , plusieurs moraines qui nous revelent ses marches et contre-m arches , mais dont la plus eloignee , celle qui marque la plus grande extension , est presque toujours la plus forte et la plus grande. Toutefois , ces retraits successifs de l'eau congelee n'ont pu s'operer sans de grandes fusions , sans des actions di- luviennes tres-intenses qui ont en partie demantele les anciennes moraines , qui ont remanie leurs materiaux et les ont rendus parfois meconnaissables , surtout aux yeux des geologues qui nient encore l'ancienne extension des glaciers. 246 causes Nos glaciers actuels nous montrent encore quelques-unes de ces oscillations qui n'ont rien de periodique. Les uns avancent, les autres reculent , sans que nous puissions , pendant notre courte existence , degager la verite de toutes les petites actions secondaires qui viennent la masquer ; et nous sommes obliges, abandonnant le present qui nous touche de trop pres, de chercher dans le pass6 de la terre Thistoire de son avenir. CONSIDERATIONS GENERALES.- La logique nous entraine quelquefois hors du chemin de la verite , rnais il faut convenir aussi que souvent elle nous y ramene. Nous pouvons resumer en quelques mots cette nouvelle theorie des glaciers que nous venons d'ex- poser. La glace de ces grands courants n'est autre chose que la transformation du neve par Taction d'une temperature su- perieure a 0. Le neve est la neige qui tombe dans les hautes regions, et qui , subissant les alternatives du froid et du chaud , se granule, prelude a la glace, et y passe peu a peu. La neige resulte de la congelation de l'eau ou de la va- peur d'eau. La vapeur d'eau qui existe dans l'atmosphere est une combinaison d'eau et de calorique ; elle sera d'autani plus abondante que la temperature sera plus elevee et les sur- faces evaporant plus vastes et plus humides. L'extension des glaciers nous indique done une ancienne elevation de la temperature de la surface de la terre. A quoi nous conduisent toutes nos recherches sur les alluvions , sur les terrains et sar les debris organiques que DE i/ANCIENNE EXTENSION DES GLACIERS. 247 recelent les couche sde sediment? Exactement auxm&mes resultats. L' extension des glaciers , incontestablement prouvee par des milliers de faits, qui a ete acceptee par l'evidence m^me de ces faits et malgre une theorie entierement contraire a tout ce qui nous parait demontre , est une chose acquise a la science aujourd'hui. Si Fobservation n'avait pas , dans cette circonstance , devance la theorie , la theorie conduirait a cette verite , et il faudrait encore l'adopter ; mais on remarq^era toujours qu'on accepte plus volontiers les faits quand la theorie les precede , que si cette derniere ne vient qu'apres. Or, l'extension des glaciers , en demon trant qu'une temperature superieure a la n6tre a existe sur la terre a l'epoque glaciaire , nous prouve en meme temps que cette temperature n'etait pas uniforme , qu'elle avait des retours pefiodiques. Nous ne pouvons done l'attribuer entierement a la cha- leur centrale , qui devait etre continue et qui n'aurait pas permis l'extension ni meme l'etablissement du glacier. II faut de toute necessite faire intervenir les climats ; et quand nous regardons de plus pres a 1'ancienne dispersion des 6tres organises sur la terre, nous trouvons-que cette distri- bution est deja faite d'apres les latitudes , et nullement d'apres une source uniforme de chaleur qui aurait agi, comme dans le principe , sur le globe tout entier ; nous remontons ainsi logiquement , de l'inspection du simple galet glaciaire , aux plus hautes conceptions de l'histoire de la terre et aux traces de son passe sous Tinfluence de climats solaires modifies par le temps et la puissance divine. Malgre notre conviction sur la necessite d'une cause as- 248 causes tronomique pour expliquer uu phenomene aussi general que rancienne extension des glaciers , nous croyons que des actions diverses ont pu contribuer aussi a donner a cette periode un tres-grand interet. Nous croyons a une assez grande complication pour produire des effets aussi varies , mais la cause gene rale reste to uj ours dominante. Mais nous acceptons et nous regardons comme indis- pensable le transport des blocs par les glaces flottantes , rancienne etendue des cours d'eau , la plus grande ele- vation des montagnes et leur abaissement successif par denudation, Taction qu'ont pu exercer le soulevement dans la formation des terrains de transport, soit en deplacant des lacs , soit en fondant des glaces preexistantes ou plutot en changeant la nature du climat par Texpansion de leur vapeur. II n'est pas jusqu'aux barrages produits par les glaces ou par les eaux , et jusqu'aux vents qui transportent les meteores aqueux , auxquels nous n' accordions une part dans le grand phenomene qui nous occupe. Mais nous per- sistons a ne voir dans toutes ces actions que des causes accessoires , compliquant les curieux resultats de l'epoque glaciaire , sans rien changer au refroidissement seculaire du globe. L'action des climats solaires , comme une des grandes causes geologiques , ne peut etre revoquee en doute. Elle est indiqu6e par des preuves trop nombreuses et trop saillantes pour qu'on refuse de l'admettre. Notre but dans cette notice n'est pas du reste de plaider en leur faveur , mais de detruire une grave erreur , que ['extension des glaciers a ete produite par le froid , tandis qu'au contraire Vex tension des anciens glaciers est une con- sequence de la temperature plus elevee qui regnait alors sur la terre. 249 MULTIPLICATION DU POISSON PAR LA fecondation artificielle ; PAR M. DE CAUMONT. L'lnslitut des provinces, qui recommande toutes les pratiques utiles , m'a engage de reproduire dans TAnnuaire Tinstruction que j'ai faite sur la fecondation artificielle du poisson ; je me rends avec plaisir a son invitation. Les p&cheurs ont remarque , il y a long-temps , qu'en automne les truites remontent le cours des rivieres pour aller deposer leurs ceufs dans des eaux peu profondes , coulant rapidement sur des graviers. La s'etaient arretees leurs obseivations ; et si quelques naturalistes du siecle dernier et de celui-ri avaient tire de ces faits des conse- quences tlieoriques sur la multiplication du poisson, aucun rTavait fait d'experitmces dnectes dont il put proclamer et montrer les resultats, II y a huit ans , le nomme Remy , homme simple mais bon observateur, du village de la Bresse, a 28 kilometres de Remiremont , eut la pensee de multiplier la truite par la fecondation artificielle II avait remarque que, vers le commencement de Thiver de chaque annee, les truites , poussees par leur instinct naturel, remontaient le cours de la Mosellane ( riviere qui passe a la Bresse et qui se reunit 49 250 MULTIPLICATION DU POISSON a la Moselle , a Remiremont ) , pour aller frayer dans la partie superieur du cours de cette riviere. II avait vu que la femelle , arrived dans le lieu qu'elle a choisi pour y de- poser ses oaufs , trace ou creuse , en se frottant , un sillon dans le gravier ; qu'elle depose ses oeufs dans ce sillon , et que le male vient , a son tour, guide par une sorte de- traction , repandre sur ce dep6t de la femelle la liqueur qui doit le feconder et donner la vie a cette quantite con- siderable de petits germes. Remy prenait , a la m&me epoque , dans ses filets , un grand nombre de poissons , prets a jeter leur frai. II ne douta pas que , s'il essayait de faire , avec toutes les pre- cautions necessaires, le melange que les poissons operaient eux-memes , il ne reussit a voir eclore des truites de ce melange artificiel. II s'en ouvrit a Gehin, autre pecheur de la m&me commune, et tous deux commencement leurs experiences , qui ont ete couronnees du succes le plus complet. ^experimentation est tres-simple , du reste , et ne de- mande que des soins et des eaux courantes convenables. II est probable que si la truite remonte assez loin daus les rivieres pour y deposer son frai, il y a pour cette migration une cause naturelle , une necessite qui lui est revelee par Tinstinct dont l'a douee le Createur. Tout porte a croire que les ceufs ont besoin, pour se de- velopper , d'une eau tres-aeree , peu profonde et un peu agitee. Les rivieres , presque to uj ours rapides vers leur source et roulant sur des cailloux, doivent offrir cette con- dition , et c'est ce qui determine les migrations des truites vers les regions superieures des cours d'eau , a l'epoque de la ponte. Ceci pose , voici comment operent , apres divers essais, PAR LA FECONDATION ARTIFICIELLE. 251 MM. Rem j et Gehin : ils ont fait faire des boites en fer- blanc , rondes , avec couvercle mobile , comme celle-ci. Ces boltes ont environ 25 centimetres de largeur sur une pro- fondeur de 12 centimetres. Elles sont, en-dessus,en-dessous et dans tout leur pourtour , percees de petits trous , qui permettent a l'eau courante de les traverser constamment quand elles sont submergees. A l'epoque de la ponte , on dispose ces boltes dans les ruisseaux ; on les enclave en partie dans le gravier , en ayant soin que le gravier soit mobile , qu'il ne contienne pas de parties terreuses qui puissent boucher les jpetits trous par lesquels l'eau du ruisseau doit penetrer dans la bolte. On repand mme , a l'interieur , une couche de gravier: le nid, s'il est permis de parler ainsi , est alors tout pret a recevoir les ceufs. Gehin indique la fin de novembre comme l'epoque ou les truites jettent leur frai ; mais il paralt reconnu que ce nest qu'a la fin de decembre , en Janvier et meme en fevrier 252 MULTIPLICATION DU POISSON. qu'elles le font dans beaucoup de contrees. Du reste, chez ces animaux, il y en a de precoces, il y en a qui le sont moins. MM. Gehin et Remy n'ont pas d'autre moyen de re- connaltre si les oeufs sont murs que de voir s'ils sortent naturellement par l'abdomen , au moyen d'une leg6re pression operee a la main sur le ventre des poissons. Les truites qu'ils prennent sont done examinees par eux. Si les oeufs sortent au moyen de la pression que je viens d'indiquer, ils les regoivent, soit dans la boite deja placee, si l'operation se fait pres du ruisseau , soit dans un vase plein d'eau. Les oeufs de la femelle pondus en quantite suffisante , et il peut naltre 1,000 truites dans une mme boite, on prend une truite mdle, et, par la meme pression, on determine la sortie de la liqueur seminale , qui , re- pandue dans l'eau qui renferme les oeufs , les feconde im~ mediatement. Si l'operation s'est faite dans un vase , on peut , au bout de tres-peu de temps , verser le tout dans la boite de ferblanc , placee dans le ruisseau. On la referme soigneusement , et , si Ton veut , on la recouvre de quel- ques pierres , en prenant garde que les petits orifices ne soient bouches. II faudra meme surveiller ces boltes de temps a autre , et les degager du limon ou des conferves qui pourraient s'y attaeher. Les oeufs , ainsi fecondes , resteront , en effet , dans le ruisseau, pendant long- temps , avant d'eclore : ce n'est qu'en avril que les poissons prendront leur forme , et . jusque-la , il faudra qu'ils soient constamment dans leur nid, en contact avec une eau courante qui leur apporte l'air dont ils ont besoin. Cette eau , cbargee d ? air, .est tellement necessaire a leur animation , que les cascades , pres des dep6ts d' oeufs , seraient probablement favorables ; en Ecosse , ou Ton fait PAR LA. FEC0NDATI0N ARTIFICIELLE. 253 eclore des saumons par un procede semblable , on dispose les ceufs dans des caisses en bois, echelonnees en gradins, et soumises a 1'action d'un ruisseau qui tombe de l'une sur l'autre comme sur des marches d'escalier. Cependant les boltes en ferblanc ont l'avantage d'etre tres-portatives : ce sont, comme je le disais , des nids, et, plus tard, des especes de cages dans lesquelles on maintient les jeunes individus jusqu'a leur complete eclosion , jus- qu'au moment ou il faut leur donner plus d'espace. Ce moment arrive en avril. A cette epoque , il faut ouvrir de temps en temps la bolte, pour voir dans quel etat se trouve la couvee. On voit, d'abord, la tete et la queue del' animal; l'ceuf reste attache a son ventre ; il se nourrit encore quel- ques jours des matieres contenues dans cette espece de poche , et peut rester dans la boite dix a douze jours. D'ailleurs , tous les ceufs n'eclosent pas en m6me temps , et il est bon d'attendre que l'eclosion soit complete pour donner la liberte a cette nombreuse couvee de petits pois- sons. Le temps venu de la faire Sortir du nid , il faut la placer dans un petit vivier recevant de l'eau courante , et ou il n'y ait pas d'autres poissons : on concoit , en effet , que ces petits etres seraient bient6t devores. II ne faut pas qu'il j ait de truites , meme d'un an , dans le reservoir ; car elles croqueraient leurs jeunes sceurs , sans aucun scrupule. De m&me , l'annee suivante, si Ton veut disposer du reservoir pour une education nouvelle, il faut que les truites d'un an soient seules , elles ne seraient pas tres en surete avec des sceurs de deux ans , dans un reservoir ou celles-ci auraient continuellement en perspective une proie delicate. La tentation serait trop grande , et tout porte a croire qu' elles y succomberaient. 254 MULTirLICA.TION DU EOISSON Au bout de deux ou trois ans , on peut se dispenser de tous soins, et les placer soit dans des etaugs , soit dans des rivieres que Ton veut repeupler. D'ailleurs , c'est l'age de la puberte chez les truites , et , quoiqu' elles n'aient souvent qu'une longueur de 12 a 15 centimetres , elles sont aptes a la reproduction. C'est a cet age que MM. Gehin et Remy les jettcnt dans les rivieres. Us en ont , depuis deux ans t jete plus de 40,000 dans la Mosellane , et ils ont deux etangs qui en sont remplis. J'oubliais de parler de la nourriture. MM. Gehin et Remy pensent que les jeunes truites sont friandes du frai de grenouilles , et qu' elles mangent aussi les petits tetards qui en naissent ; mais , comme on n'a pas troujours cette nourriture sous la main et qu'elle ne dure qu'un temps limite, du sang cuit et broye , de la viande cuite et pul- verisee pourraient peut-^tre leur convenir. On voit que le procede est assez simple , et quil de- mande seulement un peu de soin et des eaux courantes un peu vives , comme celles de nos rivieres a truites. Je crois le repeuplement de nos ruisseaux chose assez im- portante pour que quelques personnes favorablement placees entreprennent d'appliquer le proced6 Gehin- Remy. Quant aux boltes , elles peuvent etre faites au prix de 1 fr. 50 c. par tous les ferblantiers ; on pourait d'ailleurs se servir de boltes en bois , qui content encore beaucoup moins. On n'a pas encore experimente en France la feconda- tion artificielle sur d'autres poissons que sur la truite ; mais , la veille de mon arrive a la Bresse , M. le comte Angles , ancien membre du Conseil general de 1' Agricul- ture et grand proprietaire pres de Roane , y etait venu. II se propose d'appliquer le procede a la fecondation arti- PAR LA FECONDATION ARTIFICIELLE. 255 ficielle du saumon , comme on Pi fait avec succes en Ecosse. JPavais ,. il y a deux ans , fait un essai de fecondation tificielle sur des 03ufs de perche , et je n'ai point obtenu de resultat , probablement parce que les conditions de succes n'avaient pas Me observees. La carpe doit aussi etre facile a propager par la fecon- dation artificielle ; mais , les habitudes de ce poisson etant tres-differentes de celles de la truite , il y aura lieu de disposer les oeufs dans d'autres eaux. D'ici a peu de temps, sans doute , ces experiences seront faites , et Ton saura quelles precautions doivent etre prises pour les diverses especes de poissons. On comprend Timmense importance de la decouverte. M. Dumas, ministre de V. agriculture , a charg derniere- ment M. Milne Edwards , membre de Tlnstitut , d'aller a la Bresse visiter Henry et Gehin, II a fait remettre a ces deux pecheurs une gratification de 2,000 fr. ; et Gehin , plus jeune que son confrere , doit aller, sur different points de la France , faire des essais nouveaux de fecon- dation artificielle pour repeupler nos ruisseaux et nos rivieres. Caea, imp. de A. Hardei.. TABLE. Composition du bureau et du Conseil d'administration. . . v Liste des membres de l'Institut des provinces vi Membres etrangers xvi Membres titulaires de"ced6s. , xvjii Membres etrangers d^cedes . , , . xix Notice sur M. Ricbelet , membre de l'Institut des provinces ; par M. de Caumont xx Sujets de prix ........ xxix Souscription nationale pour la continuation du Gallia Chris- tiana id. Congres des Delegues des Societes savantes des departements, au palais du Luxembourg; session de 1850. ..... 1 Liste des Membres presents a la stance. . 34 Stance du 11 Mars 1850 40 Seance du 12 Mars 1850 52 Seance du 13 Mars 4 850 77 Suite de la liste des Delegues qui ont pris seance. .... 93 Seance du 14 Mars 1850 95 Ouvrages deposes 95 Suite de la liste des Delegues qui ont pris seance. .... 135 Seance du 15 Mars 1850 1/12 Suite de la lisle des Delegues 156 Stance du 16 Mars 1850 177 Seances de la commission permanente 180 Exposition region ale de l'Ouest, et seances g6ne>ales de 1'In- stitut , a Lisieux 184 Session de l'Institut a Clermont-Ferrand. ...... 191 Rapports de l'Institut des provinces avec les conseils generaux des departements. 195 Travaux recommandes aux Society savantes des departements. 197 Specimen de statistique ripuaire 207 Fragment de la statistique ripuaire de la Dive 208 Arretes de l'Institut 213 Arrete relatif a la seconde session du Congres des Dlegus des academies des dejmrtements. ........ 214 Arrete concernant 1'envoi de l'Annuaire 214 Arrete" concernant les recompenses a decerner aux meilleurs ouvrages publies dans les departements. ...... 215 Ouvrages approuves par l'Institut , 216 hlstoire du congres scientifique de france, 217 Congres archeologique de France. 220 Congres central d'agriculture 225 Congres regionaux. ............. id, De la chaleur, considered comme cause principale de l'an- cienne extension des glaciers ; par M. Lecoq. ..... 231 Multiplication du poisson par la fecondation artificielle ; par M. de Caumont 249 t- '*m ]